16 avril 2014
Publié par Didie Ebk

Freepon: « Nous avons des influences madras et Beyoncé »

Nu soul créole, c’est l’appellation sobre que Freepon a choisie pour son EP (extended play, ) sorti en début d’année. Tropicalizer – qui le suit depuis ses débuts – est allé de nouveau à la rencontre du chanteur qui est actuellement en tournée. Sa vision de la New soul créole ? Ses projets ? Il nous dit tout.

 

Tu as intitulé ton EP Nu soul créole, as-tu une nouvelle définition de ce courant ?
Chaque artiste apporte ses couleurs à cette musique, selon ses envies et ses influences. Je précise que je suis un peu pop, soul et new. J’aime les arrangements et les mélanges. Je voulais montrer qu’à mon côté caribéen, je peux apporter une « vibe Mississipi » avec le blues par exemple. Je recherche aussi les cousins : les Caribéens, Guadeloupéens, Barbadiens, Trinidadiens, Portoricains… Nous sommes des métis, je me reconnais dans toutes ces cultures. L’EP Nu soul créole, c’est mon identité musicale. Ma créolité s’exprime dans un champ très large. Nous sommes à Paris, nous avons des influences madras et Beyoncé, Aretha Franklin, Bruno Mars ou Bob Marley, on est tout ça ! J’ai l’impression que ces musiques me connaissent, elles sont le véhicule d’émotions que je suis amené à ressentir. L’EP a cette volonté d’annoncer et de présenter des extraits significatifs de mon album. Au public de juger.


En résumé, tu as voulu poser les bases de ta musique, montrer à tous ton univers musical ?
J’ai voulu faire une carte de visite qui précise un peu les choses. Il y a un élan magnifique avec la nouvelle scène musicale Angéliks Sings, Victor O, E.sy Kennenga… Ce n’est pas évident d’expliquer aux gens ce que l’on fait quand on ne n’est pas dans le style musical qui domine aux Antilles. Mieux vaut laisser la musique parler.

C’est un parti pris très audacieux, d’autres se sont aussi positionnés sur ce terrain-là comme Erik ou Stevy Mahy. Que penses-tu apporter d’autre ?
Je ne pense pas apporter quelque chose de plus. La musique, c’est une mosaïque, chaque chose se complète. Il n’y a pas d’échelle, j’arrive juste pour dire : « Votre boug’ est un peu plus dans son trip vintage », car je recherche des sonorités spéciales. Je précise juste mon unicité.

 

Tu sembles vachement remonter sur Nu soul créole, dans ta chanson Paméla tu t’en prends aux « macrelles », dans Stupid, c’est au tour des artistes ou autres producteurs peu scrupuleux, tu sembles avoir pas mal de messages à faire passer, non ?
Ce n’était pas l’intention. J’ai retranscrit les émotions titre par titre et choisi la musique en fonction des genres musicaux que j’avais envie de défendre et qui me donnaient envie de chanter. J’écris en fonction des choses qui me gênent. L’EP est juste la somme des titres que j’ai trouvés vraiment intéressants, aboutis au niveau texte et musical. Ce sont mes kiffs, je me sens intègre en regardant le résultat et j’ai encore plus à montrer sur l’album. La musique c’est mon kiff où le texte a une position centrale.

Freepon – Paméla


Le titre Me taire est très melting pot (sonorités zouk, jazz, reggae) et triste, il a une valeur spéciale pour toi ?
Oui, c’est ma balise, c’est mon médicament. Juste le titre a une signification spéciale. Ce sont toutes les fois où je regrette d’avoir dit des choses et là je me dis : « j’aurais dû me taire ». J’aime beaucoup dialoguer et échanger ! Faire ce travail a été très intéressant, il m’a permis de remettre en perspective mon éducation, mes valeurs, mes lubies, mes utopies. Je sais d’où je viens donc je n’ai pas à me justifier tout le temps. La parole est très puissante, c’est un pouvoir mais le silence est aussi une note très forte, notamment en musique.

 

Est-ce un choix stratégique de chanter autant en français qu’en créole ?
La langue ce n’est qu’un canal pour moi. J’aime travailler avec les langues française, créole, anglaise car elles me permettent d’exprimer un ressenti que j’estime être juste. Je vais choisir cette langue en fonction de l’émotion. Le choix est stratégique, oui pour ne pas être frustré et surtout utiliser le bon outil pour m’exprimer. En plus, allier le créole et le français dans mes titres me permet de faire voyager ma culture et ramener la culture des autres chez moi. J’essaie de vivre dans mon environnement.

Pourquoi avoir réédité le titre Dousinéw (version single et acoustique) ?

C’est un énorme clin d’œil à toutes les personnes qui m’ont permis de comprendre que j’avais ma chance et qui ont participé à ce projet. Le titre n’était même pas prévu sur l’album, c’est ma manager Neeya qui me l’a fait remarquer. Je n’y avais même pas pensé car je voyais l’album très soul. La version a évolué car mon ressenti de ce titre a mûri.

 

Pourquoi avoir repris 3 titres déjà connus par ton public en concert Dousinéw, Supa star, Me Taire et ne pas avoir fait un EP 100% exclusif ?
J’ai appris à danser avec le public, j’ai appris à aimer à chanter, ne plus chanter que pour moi. Je ne voulais pas faire un EP que pour moi, le public en concert a aimé ces sons, donc je l’ai naturellement posé sur l’EP.

 


Nu soul créole est donc un cadeau fait à ton public…
Oui. C’est une satisfaction incroyable de pouvoir finir ce projet. C’est un cadeau pour tout le monde. Pour mon oncle Eric, qui a été un super soutien mais qui depuis a disparu. C’est un cadeau pour mon feu grand frère qui avait le rêve de devenir DJ et ingénieur du son, mais il est décédé l’année où il devait venir en métropole. C’est un cadeau pour ma grand-mère qui a fêté ses 100 ans et chez qui je vis à Paris. C’est un cadeau à toutes les personnes qui m’ont soutenu. Un cadeau aussi pour la musique qui m’a soigné et ça vaut le coup. Un cadeau pour tous ceux qui ne me connaissent pas encore. J’ai fait tout le CD, j’ai composé, j’ai écrit…Je fais de la musique pour que ça touche les gens.

 

Pourquoi avoir sorti un EP et pas un album ?
Je suis auto-producteur, il s’agissait de minimiser les risques par rapport à mes capacités de financement et ne pas se retrouver avec trop d’albums. Je bosse aujourd’hui avec un tourneur, Make it clap. Avec l’équipe et ma manager, nous avons jugé que continuer de bosser les live était la chose la plus pertinente car c’est là où je me sens le mieux, l’endroit où tout a commencé et l’EP c’est la carte de visite pour situer mon univers.

 

A quand l’album ?
Fin 2014. Je rajoute encore des titres, j’ai vachement mûri depuis le début et j’ai envie d’être intègre, de chatouiller les oreilles des gens. Je ne peux pas envisager un album sans qu’il soit le parfait reflet de mes nouvelles sensations.

 

Dans le cadre du Nu soul créole tour, Freepon sera en concert le 17 avril au Zèbre de Belleville (63 boulevard de Belleville 75011 PARIS)

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