17 octobre 2013
Publié par John

Little Espion: « Si les radios ont un problème avec moi, qu’elles me le disent… »

Lov’ (More vibes), Serious (compilation R2D2), Pure faya (Dancehall clash 2 de DJ Halan) Ya longtemps (compilation Dancehall time de DJ Jaïro), Inna di life (Online de DJ Kaprisson)… Entre 2003 et 2005, Little Espion est l’une des têtes d’affiche des compilations reggae-dancehall. Le flow du Guadeloupéen est recherché pour sa technique fast style et son énergie. Dix ans après, la donne a changé. Certains artistes et DJ lui ont tourné le dos… A l’occasion de la sortie de son album Hors-jeu, l’artiste joue franc-jeu avec Tropicalizer. Pas de faux-semblant. Les temps sont durs, malgré tout Little Espion ne lâche rien, il « experiment fi all people reggae dancehall style ».

 

Comment se passe la promotion de ton nouvel album Hors-jeu ?

On va dire que c’est plutôt compliqué…

 

D’où vient le problème ?

Franchement, je ne sais pas et je pense que je ne saurai jamais. Par exemple, j’ai envoyé un titre à Trace FM, la commission l’a accepté mais ensuite le programmateur l’a refusé… C’est dommage, car ça me bloque dans mon évolution. Cela dit, je continue mon travail, je ne vais pas pleurer.

 

Et du côté de NRJ ?

NRJ Guadeloupe m’a donné un coup de pouce pour le titre Call me (feat. Young Chang MC) durant l’été 2012, mais l’exposition a été courte. Ça n’a pas eu le temps de prendre. Depuis lors, tout ce que je leur ai proposé a été systématiquement refusé. Je ne suis en conflit avec personne, mais s’il y a un problème, qu’on me le dise… Déjà en 2006, quand Prié de façon (maxi Kon sa sa yé) a été un tube, Trace FM n’en a pas voulu alors que le single tournait sur NRJ Guadeloupe et NRJ Guyane. Je pense que c’est parce qu’il y a beaucoup de copinage. Moi, je ne fonctionne pas comme ça, je l’ai expliqué sur le titre Radio game.

 

Little Espion feat. Young Chang MC – Call me

 

Tu comprends aussi que les radios ne peuvent pas dire oui à tout…

Effectivement, toutes mes chansons ne peuvent pas passer en radio, mais je pense que certains titres avaient leur place sur les ondes tout de même.

 

N’es-tu pas aussi fautif car tu t’es fait un peu oublier après le maxi Kon sa sa yé sorti en 2006…

Certes, quelques années ont passé entre le titre Prié de façon et l’album On mond réyel (2010). Ce dernier comportait 19 titres et aucun n’a été joué en radio. Donc, si le public ne m’a pas entendu ce n’est pas vraiment de ma faute. Moi, je suis resté actif.

 

Little Espion – Prié de façon

 

Fais-tu ce qu’il faut en termes de communication & marketing ? Le business a beaucoup changé en une décennie…

Aujourd’hui, il faut faire le buzz… J’avoue que les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, etc.), ce n’est pas trop mon truc. Peut-être que je devrais m’y mettre un peu plus. Ça viendra… Toutefois, je ne suis pas du genre à raconter ma vie sur Internet. Je compte beaucoup plus sur l’artistique pour faire parler de moi. Avec mon label LPSA, je fais ce qu’il faut justement. Il y a eu le maxi Kon sa sa yé, l’album On mond réel reyel et maintenant Hors-jeu. Cela fait 7 ans que j’ai ma production. Je presse aussi mes CD. Mes moyens sont limités, mais je ne suis pas un petit pour autant. Il y a un manque de reconnaissance de la part des médias. Moi, je fais de la qualité et il y a des gens qui bossent avec moi, comme le beatmaker Mr Giz, qui méritent d’être reconnus pour leur travail.

 

Ta vision du business n’est peut-être plus la bonne…

Peut-être, mais dans tous les cas je n’ai pas envie de suivre la tendance. Je vois surtout que le niveau du reggae-dancehall a baissé. Notamment en ce qui concerne les textes qui sont de moins en moins conscious. Aujourd’hui, beaucoup ont recours au vocodeur/Auto-Tune. Du coup, impossible de savoir qui a du coffre ou pas. Pour mon premier album, j’ai enregistré tous mes titres en one shot. A mes débuts, lorsque je passais sur scène, c’était avec le micro ouvert. Quand ce n’était pas bon, le public n’avait pas peur de le dire. Maintenant, certains artistes ne font que du play-back, des singles ou alors ils ne posent sur des faces B. D’autres vont jusqu’à acheter des vues sur Youtube. Moi, je fais des albums complets car c’est l’aboutissement de tout un travail. Chacun sa tactique… Les valeurs du mouvement se perdent. Moi, je ne vais pas me rabaisser, le combat continue.

 

Parle-nous un peu de ce nouvel opus Hors-jeu

C’est un album en autoproduction. Au programme : dancehall, reggae et hip-hop. On y retrouve des artistes comme Young Chang MC, Milk, Genow, SS (du MDG qui chantait Gwada cé le farwest en 2004), Jessica et Babydi (chanteur du tube Bougé en 2004). J’ai commencé la promo de l’album depuis quelques mois. 6 clips ont déjà été tournés : Si selmanI lov u, Poison vital, Let me see, Call me et bientôt celui de Lanmou? qui devrait sortir dans deux semaines. Hors-jeu est disponible en Guadeloupe, sur les plates-formes de téléchargement légal (Deezer). Il sera disponible physiquement à Paris dès la fin de l’année. Si tout se passe bien, je serai dans la capitale pour le présenter au public.

 

Little Espion feat. Jessica – I lov u

 

Peut-on revenir sur ce qui s’est passé avec Yahde ? Il était chez LPSA, ton label, et du jour au lendemain votre collaboration s’est arrêtée…

Yahde est quelqu’un que j’ai vu grandir à Lauricisque (ndlr : quartier de Pointe-à-Pitre). Mon parcours et celui de d’autres figures du milieu reggae-dancehall l’ont inspiré, alors il m’a demandé quelques conseils. Il s’est lancé dans la musique et j’ai vu qu’il avait un bon potentiel. Un jour, il m’a demandé de le produire, j’ai accepté car je croyais en lui. Nous étions proches et ça marchait à la confiance entre nous. Mon label, LPSA, a produit 19 titres pour son premier album. Je n’avais pas vraiment les moyens financiers, mais j’y ai mis tout mon cœur. Comme nous n’avions pas de contrat nous liant, Yahde a décidé de rejoindre un autre label. C’est son choix. Forcément, on ne s’est pas laissés en bons termes… Quand on est jeune, on voit les choses différemment, on fait parfois des caprices… Moi aussi je suis passé par là. J’ai toujours ses 19 titres, j’aurais pu les sortir pour me faire de l’argent, mais je ne suis pas comme ça, je ne suis pas sans scrupules. Si l’album sort un jour, ce sera avec son autorisation. Aujourd’hui, je ne sais pas où il en est, mais je pense qu’il y a eu du gâchis. Quoi qu’il arrive, Yahde a beaucoup de talent et s’il sort un projet, je sais que ça va marcher pour lui.

 

Et toi, as-tu fait des mauvais choix que tu regrettes aujourd’hui ?

J’assume tout ce que j’ai fait. Cependant, à une époque j’aurais pu signer chez Sony. On a commencé à travailler ensemble, mais ça n’a pas abouti. J’ai n’ai pas de regrets concernant cette expérience. Il y a aussi de bons riddims sur lesquels j’aurais pu poser, mais sur le moment je n’avais pas spécialement la vibe pour le faire. Je ne regrette rien, entre 2001 et 2003, j’ai tout de même posé sur 19 compilations (R2D2, Dancehall Clash 2, Groovin, Online, Dancehall time, Axxia riddim, Atomic Riddim, Hot night…)

 

Tu as débuté avec Admiral T au sein de Youth attack, pourtant aucun featuring ni aucune scène avec lui depuis son ascension fulgurante… Kurtis a été invité à son concert au Zénith en 2010, mais pas toi… Etes-vous toujours amis ?

Il n’y a aucun conflit entre Admiral T et moi, c’est un ami. Certes, il n’y a pas de collaborations artistiques entre nous, mais ce n’est pas pourtant que nous sommes fâchés. Je suis derrière lui à 100%, je n’ai rien à lui reprocher. En revanche, je remarque qu’il y a peu de solidarité dans le milieu. C’est chacun pour soi.

 

Little Espion feat. Admiral T – Lov’

 

Beaucoup de personnes t’ont tourné le dos ?

Je respecte beaucoup le travail des autres artistes, mais force est de constater que certains m’ont effectivement tourné le dos. C’est la loi du business. Il y a des artistes et DJ avec qui j’ai travaillé qui ne m’envoient même pas un big up

 

Qui ?

Par exemple, Krys.

 

Pourtant, à l’époque, c’est toi qui l’as emmené dans les studios de Kick Killa records pour poser sur le R2D2 riddim

On se connaît depuis très longtemps. Au départ, j’ai rencontré Krys parce que je fréquentais beaucoup le quartier de Lauricisque où il a grandi. Il savait que j’étais proche d’Admiral T, alors il m’a demandé d’être présenté à lui. Nous nous sommes tous donnés rendez-vous devant le Centre des Arts de Pointe-à-Pitre un jour et ça s’est fait. Ensuite, je suis parti à Paris. J’ai recroisé Krys là-bas et j’ai eu l’occasion de le présenter à Kick Killa records (ndlr : label avec lequel il a posé sur plusieurs riddims et sorti son maxi Limé mic la en 2005).

 

Avec le recul, comment vois-tu la récente évolution du milieu reggae-dancehall ?

Le milieu de la musique a beaucoup changé. Aujourd’hui, il n’y a plus de valeurs, le business a pris la main. Il faut faire du buzz pour exister, la qualité artistique passe au second plan. On est dans un monde où c’est l’image qui prime. Par exemple, les sound system n’existent plus en Guadeloupe. Impossible de savoir qui chante bien ou pas en live. Impossible aussi de savoir qui écrase en freestyle.

 

Entre chanter gratuitement en sound system et se produire en boîtes de nuit pour ramasser un cachet, les artistes ont-ils définitivement choisi ?

Pourquoi un deejay va-t-il se fatiguer à chanter en sound system s’il peut toucher 1 500 – 2 000 euros pour chanter en boîte de nuit ? Ceux de ma génération ont ouvert des portes pour les artistes qui profitent du business actuellement. A l’époque, beaucoup d’artistes dancehall ne demandaient pas de cachet pour se produire en boîtes de nuit ou en soirées. Avant, il n’y avait pas autant d’argent en jeu. Le reggae-dancehall était un mouvement.

 

Little Espion – Mi nuh wan

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