3 mai 2013
Publié par Didie Ebk

Erik Pédurand: « Ecole créole est un album à vivre fait pour danser »

Tropicalizer est allé à la rencontre d’Erik Pédurand pour la sortie de son nouvel album Ecole créole. Dans une longue confession, l’artiste revient sur ces trois années d’absence, sa rupture avec son ancienne équipe, la création de la nouvelle, l’opus Ecole créole, ses retrouvailles avec le public, la fameuse et mystérieuse Elisa, etc. Bref, il nous dit tout sur son grand retour.


Tu as manqué au public pendant ces 3 ans d’absence, qu’as-tu fais pendant ce temps ?
J’ai pris une petite pause, j’ai également rompu avec ma première équipe, celle avec laquelle j’ai travaillé sur mon premier album sur Chayé kow. C’était suffisamment de temps pour composer une nouvelle équipe. J’ai également rencontré l’amour, je me suis marié. J’ai profité aussi de ce temps pour composer et monter mon label (Blue house music) et produire ce second album Ecole créole. C’était peu de temps finalement pour tout ce qui s’est passé.


Qu’est ce qui a provoqué la rupture avec Manuel Mondésir et Siam Lee?
Pour moi, chaque album à son aventure. C’était une aventure qui touchait à sa fin, elle avait commencé bien avant mais elle déclinait déjà à la sortie de l’album. C’était des ententes qui n’étaient pas toujours au rendez-vous et une vision des choses qui n’était plus la même, des divergences cordiales. Ce qui est beau dans cette histoire, c’est que la musique existe parce que les gens se rencontrent à un moment donné mais c’est comme l’amour, c’est une alchimie qui parfois dure et parfois ne dure pas.



Que t’apporte ta nouvelle équipe ?

Un nouveau son, de nouvelles idées d’arrangements, ce sont des gens que je suis allé chercher et que j’ai choisis personnellement avec Gwenaëlle Ladeu. J’ai dû en convaincre certains. Ils sont tous très prometteurs, ce sont les musiciens de demain. Il me fallait la bonne alchimie, ils rehaussent vraiment la qualité de mes titres.


Tu as beaucoup tourné avec le groupe Kassav qu’as-tu appris d’eux ?
Ils m’ont appris la générosité, le respect des autres mais aussi à se protéger des autres. Ils m’ont également appris qu’il était possible d’y arriver avec beaucoup de ténacité. J’ai beaucoup dansé en coulisses lorsqu’ils étaient sur scène, et cela m’a donné envie de faire un album dansant. Car Ecole créole est un album à vivre, fait pour danser.


Tu sembles avoir une forte cohésion avec ton band, tout comme ce fut le cas avec Manuel Mondésir et Siam Lee, est-ce vital pour toi ce type de rapport avec tes musiciens ?
C’est important, on n’est pas non plus au bureau, il faut qu’on créé de la magie sur scène. Si je monte avec une équipe avec laquelle je n’ai pas de liens cordiaux, ça va se ressentir. Les gens ne viennent pas pour entendre de la musique, ils viennent pour la vivre.


Pourquoi avoir pris Matthieu Edward (ancien de la Star Academy notamment) dans ton équipe?
J’aime le musicien qu’est Matthieu, je suis fan de son jeu et de ses arrangements de batterie. Je trouve génial qu’il soit enfin révélé par son premier métier qu’est la batterie. On avait déjà commencé à travailler avec lui sur Chayé kow mais il est ensuite parti à la Star Ac


Pour annoncer ton nouvel album, tu as choisi Twop moun. Dans ce titre,
tu partages ton envie de t’isoler des autres. Est-ce un message que tu voulais faire passer à quelqu’un?

C’était un coup de gueule. Je sais que c’est bizarre comme choix, mais c’était pour rompre avec le passé et avancer. J’ai été, à maintes reprises, déçu par le manque de sincérité, de Star Dom (ndlr : émission de télé-crochet réalisée aux Antilles) à Chayé kow. Je trouvais cela trop « marketé », ce n’était pas des modèles qui me correspondaient alors que je recherchais une approche de la musique plus humaine. Twop moun décrit aussi le quotidien d’un artiste, cet espèce d’isolement, les faux rapports que l’on peut entretenir avec les gens. Par extension, c’est aussi un coup de gueule vis-à-vis de notre société ultra-connectée. J’ai le sentiment que l’on pourrait être plus vrai dans nos façons d’être.


Tu dis de Twop moun qu’il s’agit d’un hommage au zouk des années 80, pourquoi ce parti-pris ?
L’hommage au zouk rétro, il se traduit surtout dans les sons. J’ai composé ce titre à la guitare, en me basant sur les accords d’un titre de Patrick Saint-Eloi que j’ai transposé à l’octave supérieur. Le jeu mélodique s’effectue sur des mélodies qui montent et descendent, ça rappelle beaucoup les mélodies des années 80 comparées à celles d’aujourd’hui où nous sommes plutôt sur 2 notes. Ensuite, lors de l’arrangement, on a récupéré l’idée de jouer les grattes à la Kassav. On a pris pleins de techniques du zouk rétro puis arrangé avec mes musiciens. Le titre est rétro dans son idée mais au goût du jour.


Erik Pédurand – Twop moun


Ton nouvel album se nomme Ecole créole, peux-tu nous donner ta définition de ton école créole ?
C’est une définition qui se trouve dans la musique. Ecole créole, c’est un album avec des influences venant d’Afrique, d’Amérique du Nord avec la soul, d’Angleterre avec le rock et la France à travers les textes, la façon de chanter bien propre à cette langue. Il y a toujours une base caribéenne et les rythmes traditionnels guadeloupéens. Pour moi, tout cela me définit car je suis au croisement de toutes ces cultures-là. Etre créole, c’est ça, c’est être au centre de la culture, on se reconnait partout, chez un Afro-américain, chez un Africain, chez un Français… L’album Ecole créole, c’est aussi justement parce qu’il n’y a pas d’école créole. C’est tout récent cette volonté d’enseigner le créole aux enfants avec le premier bac en créole en 2004. La langue, je l’ai apprise dans la rue. Quand je suis parti de la Guadeloupe, j’ai eu beaucoup de questionnements sur mon identité, et c’est en allant ailleurs que j’ai compris qui j’étais. J’ai comme ressenti le besoin d’avoir quelqu’un qui m’enseigne qui je suis, ce qu’est être créole.


Te considères-tu comme le professeur et nous les élèves ?
Je suis moi-même un étudiant à l’Ecole créole…


Ecole créole est un album plus expérimental, n’as-tu pas peur de dérouter tes fans avec ces nouveaux sons?
Oui, c’est l’une de mes interrogations mais si cela doit influencer mon travail, alors je n’ai pas du tout ma place dans la musique. Pour moi un artiste ça doit prendre des risques, aller là où son instinct le mène. On aime ou on n’aime pas, c’est la vie.


Tu es un empêcheur de tourner en rond ?
Je m’empêche surtout à moi-même de tourner en rond, mais pas de là à donner des leçons aux autres. J’ai des opinions très fortes sur la musique antillaise et la place où elle devrait être aujourd’hui mais je préfère d’abord faire la preuve de ce que je suis et ensuite je parlerai.


Tu as écris 2 titres où tu chantes en lingala (langue parlée en République démocratique du Congo), Little bitch et Congo. Que dis-tu dans le refrain de Little bitch ?
Cela veut dire : « Je suis grande, je suis forte, le monde m’appartient. »



Tu reparles encore d’Elisa, mais qui est-elle ?

Elisa, c’est une fille que j’ai rencontrée. Elle me fascinait parce qu’elle était africaine, différente, elle n’avait pas les mêmes attitudes que moi. Elle me plaisait beaucoup, mais je ne savais pas comment l’aborder car on n’avait pas les mêmes codes. Ça a été mon premier lien avec l’Afrique, qui a ouvert la brèche sur pleins de fantasmes sur la femme africaine, les mystères de ce continent.


Sur ton site internet, tu dis « Aujourd’hui, Erik a la maturité nécessaire pour aborder ‘des thèmes d’homme’ : la solitude… les tentations… l’amour… ». Tu n’estimais pas être un homme dans ton premier album ?
Non, je n’étais pas très mûr, j’étais plus fragile et très mélancolique. Chayé Kow, c’est le passage d’un adulte qui découvre la vie. C’était la découverte de mon identité où j’ai réalisé que j’avais du chemin à parcourir, que la vie, l’amour ne sont pas des choses si simples. Ce sont toutes ces choses qui te donnent une grande claque lorsque tu arrives dans la capitale. Sur Ecole créole, je me suis fait plus plaisir, je l’ai écrit comme un musicien, pas toujours dans la douleur, c’est un album où il y a plus de sourire, plus de soleil, plus d’espace. C’est un album pour les autres. Chayé kow, je l’ai écrit pour panser des plaies alors qu’Ecole créole représente le futur, je pense aux gens, je réfléchis sur moi et mon peuple. C’est un album qui se veut universel. Il est plus facile pour moi de le jouer sur scène.


Est-ce pour cela que tu te fais appeler aujourd’hui Erik Pédurand ?
D’abord pour le référencement internet, il était impossible de me retrouver et aussi parce que j’ai grandi.


A tes débuts, tu te présentais comme un artiste soul jazz caribéen avec ce nouvel album, comment te définirais-tu aujourd’hui ?
Toujours de la même façon, même si je pense que c’est désuet d’avoir une appellation car il n’y a plus de style.


Crédits photos 1,2,3 : Blue House Productions, LLC, 4 : Leila Albert

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