20 février 2013
Publié par John

La nouvelle scène créole sauvera le zouk: E.sy Kennenga, Victor O, Erik Pédurand, Florence Naprix, Freepon…

Ils chantent du zouk, mais ce ne sont pas des chanteurs de zouk et c’est ce qui fait leur force. Quand les artistes estampillés zouk love oublient le sens du mot authenticité, c’est la nouvelle scène créole qui leur donne une leçon. Ils se nomment E.sy Kennenga, Victor O, Erik Pédurand, Florence Naprix, Loriane Zacharie et Freepon notamment. Dans leur zouk, plus de guitare acoustique, moins de basse, des compositions dépouillées pour des mélodies épurées, moins de « vibes » façon rnb et plus de technique vocale. En l’espace d’une décennie, le rap, la pop, la variété française ou le reggae-dancehall ont mué. Alors, quand le zouk « mainstream » reste figé depuis 2000 à peu près, faute de créativité, il faut lui donner un coup de pouce.


Le schéma zouk rnb est épuisé


Le changement, c’est (peut-être) maintenant. Si le zouk veut avoir des représentants dans les différents festivals, il devra compter sur ces artistes qui ont une vision personnelle de leur musique. S’ils peuvent amener le zouk un peu plus loin, c’est certainement parce qu’ils le respectent un peu plus que d’autres… Oui, les artistes de la nouvelle scène créole peuvent sauver le zouk. Pas en réorientant leur carrière, bien sûr, mais juste en apportant une part de leur talent (écriture, composition, direction artistique…)


Aujourd’hui, la mutation se fait au détour d’influences nu soul, jazzy et folk, mais aussi par le renouvellement des fondamentaux qui font cruellement défaut aux vedettes éphémères de la variété zouk : voix, texte, mélodie (la grande délaissée) et singularité. La nouvelle scène créole bouillonne, l’appellation est encore brouillonne, mais avec ces artistes-là elle rayonne.


E.sy Kennenga


Au début des années 2000, on découvrait le groupe One day avec les titres zouk Il faut le dire, Pou toujou et Bato.  Le talentueux E.sy Kennenga faisait partie de l’aventure. On le retrouve en solo en 2010 avec l’album EK Trip, un petit bijou. Pas de titre zouk pur et dur mais des clins d’œil comme sur le morceau Ou paré. Ensuite, le Martiniquais a écrit le titre Je fonds pour la chanteuse Kim avant d’en faire We fly. Pas de doute, le renouveau du zouk pourrait aussi passer par E.sy Kennenga, s’il le décide…


E.sy Kennenga – We fly


E.sy Kennenga – Ou paré


Victor O


Il était quasiment impossible de passer à côté du tube zouk Vini dou de Victor O en 2011. Après avoir réalisé plusieurs albums dans les styles variété, rnb et zouk, le Martiniquais présente son premier album Revolucion karibeana en 2009. La galette comporte un morceau zouk : Tan ja passé. Il a récidivé deux ans après avec Vini dou, extrait de la compilation Soleil zouk. Victor O se décrit comme un artiste world music ou « sono mondiale » : soul, pop, reggae et zouk. Il est à l’aise dans tous les styles et ça s’entend.


Victor O – Vini dou


Erik Pédurand


Erik fait de la soul jazz caribéenne. « Il ne faut pas croire que j’arrive en sachant qui je suis et où je vais », précisait-il tout de même en 2009 à Tropicalizer. Pas de titre zouk à son actif mais une incursion expérimentale avec Twop moun. Premier essai brillamment réussi : une belle envolée artistique, un ovni musical mêlant soul et zouk, une rythmique rnb, un « bouladjel » de velours, une guitare qui nait soul et qui meurt zouk… Appréciable. Jean-Michel Rotin fait partie des artistes qui ont influencé Erik Pédurand et ça se ressent. Si l’artiste souhaite apporter plus largement son talent au zouk, il est évidemment le bienvenu.


Erik Pédurand – Twop moun


Florence Naprix


Ne pas porter d’étiquette, ça n’a pas de prix pour Florence Naprix. Si elle a grandi aux Antilles, c’est  pourtant le jazz (Sarah Vaughan et Ella Fitzgerald) qui a bercé son enfance. Arrivée en métropole pour poursuivre ses études, il se passe quelque chose avec le zouk des années 80-90 et la biguine. Zouk, biguine, jazz, rock… Tout cela est sur son album Fann kann. « La musique est un jeu, j’expérimente diverses choses. J’avais envie de d’emprunter un chemin qui n’a pas encore été emprunté » déclare-t-elle à Tropicalizer. Avec Stéphane Castry à la composition, Florence Naprix décline sa conception de la musique caribéenne moderne.


Florence Naprix – Zétwal an mwen


Florence Naprix – Formataj


Freepon


Passé par le hip-hop, Freepon s’est révélé dans le style nu soul. Le Guadeloupéen a une vision personnelle, saupoudrée de violon ou de flûte, du zouk. Il l’exprime à travers des titres tels que Douciné’w ou récemment My superstar, « J’avais envie de raconter comment un jour, je me suis retrouvé aspirer par le Supafeeling, le coup de foudre (…) Quand on aime, l’autre devient exceptionnel, au-delà des critères physiques. Comme une étoile, sa lumière intérieure nous parle, nous soigne, nous apaise ». Son premier album est attendu.


Freepon – My superstar


Freepon – Douciné’w


Loriane Zacharie


Est-ce une hallucination auditive ou alors la voix de Loriane Zacharie est l’écho de celle de la regrettée Edith Lefel ? La ressemblance est agréable, troublante et émouvante. Originaire de la Martinique, son œuvre repose dans un écrin traditionnel. Son premier album Chimen mwen est fait de sonorités issues de la mazurka, du bèlè, du jazz, de la biguine et du zouk. Pas de morceau zouk pur et dur non plus pour la Martiniquaise mais son timbre de voix et ses inspirations ne seraient pas de trop. Faites-lui passer le message.


Loriane Zacharie – Nathalie (live)


Loriane Zacharie- Moun lanmou


Yalisaï


Là, il ne s’agit pas de nouvelle scène créole… Pas facile de faire du neuf avec le concept zouk rnb. S’il y en a un qui pouvait relever le défi, c’est bien Jean-Michel Rotin. Dès les premières notes, on reconnaît la patte de l’interprète de Lè ou lov. Il a co-composé l’instru limpide et hybride, honorant rnb et rythmes traditionnels, avec Yalisaï. Durant les 4’25, l’épouse de JMR pose son doux filet de voix et fait vivre le titre. Son premier album, intitulé Secret, est attendu.


Yalisaï – Lésé


Désormais, c’est à eux et à d’autres, s’ils le veulent, d’enrichir l’héritage laissé par Kassav & PSE, Energy & JMR, Zouk Machine, Tanya Saint-Val, Gilles Floro… Ceci, en contournant les pièges de l’industrie musicale comme le formatage ou le marketing à outrance. En face, le public détient une des clés de leur réussite, tout comme les programmateurs radio, DJ et producteurs. Si le public pense qu’il mérite mieux, à lui de le faire savoir.

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Ajoute un commentaire
  • @AlexisOnestas
    20 février 14:09

    Presque tous des artistes Make it Clap Agency…!! :) :)

  • Marie-Noelle
    20 février 14:20

    Très intéressant point de vue. Le public détient certainement l’autre clé de la réussite de ces artistes mais pas que.

  • Jimi KELLY
    20 février 15:27

    Très bon article !
    Notre scène est belle, nos artistes ont du talent, à nous de la soutenir.
    Foss’

  • Maëlly
    20 février 17:27

    Félicitations John ! Il fallait faire cet article et il est PARFAIT. Bravo.

  • John
    20 février 18:39

    @Alexis : vous avez bon goût alors, @Marie-Noelle : Effectivement, pas que. Les médias et les producteurs aussi. @Jimi : Merci @Maëlly: merci

  • Proposons
    21 février 0:37

    Je suis responsable de radio ( radio sofaia altitude) et j ai toujours milité pour le bon Zouk et non pour des artistes de laboratoire. Je trouve cet article très pertinent et reflète une réalité. Les artistes qui sont cités tournent en boucle sur RSA.

  • thyeks
    22 février 5:30

    Je suis désolé mais je n’accueille pas cette article avec la même ferveur que vous.
    L’auteur n’a aucune connaissance de l’histoire du Zouk et de l’histoire de la Musique.
    A vrai dire a seule chose intéressante dans cet article est la mise à l’honneur de tous ces jeunes talentueux artistes de la scène antillaise.

    Je commencerais en disant que la musique est vivante et que tout courant musical tout au long de sa vie sera amené à évoluer, sans jamais effacer ce qui l’a précédé.
    Le Jazz de John Coltrane n’est pas celui de Stanley Clarke; Stanley n’a rien sauvé il a fait ce qu’il avait à faire.

    Le Zouk est une musique jeune, première ébauche en 1979. Musicalement, elle est le croisement d’autres courants comme le Sen Jan ( musique carnavalesque de Guadeloupe), des influences de calypso (Barbade), compas (Haïti), sonorités africaines avec les guitares (influence de Jacob), un gros apport de cuivres façon Earth Wind & Fire (U.S.A. ) et de violons synthétiques ( apparition des premiers synthétiseurs).

    Tous ces ingrédients ont été savamment dosés à une période pour avoir le succès que l’on a connu.
    C’était un souhait du collège créateur.
    La fin des années 80 a connu d’autres besoins et les tempos du Zouk ont ralenti.
    De ces nouveaux tempos est né l’appellation Zouk love.
    Qui a rapidement pris des connotations péjoratives, mais comme dans tout il y a du bon et du mauvais, il y a du bon Zouk (merci a PSE pour tes ballades) et du moins bon.

    Si on veut parler de qualité de la musique il faut aussi parler de l’accessibilité de la musique et de la facilité à pouvoir en faire, à en publier et à avoir des fans.
    L’analogie peut être faite avec le journalisme; n’importe qui peut écrire n’importe quoi, le publier et se dire journaliste.

    Avant la qualité était au rendez vous car émerger était chose difficile. Il fallait avoir fait ses preuves pour trouver un producteur, avoir accès à un studio, travailler avec de vrais musiciens.
    Les musiciens eux-mêmes refusaient de faire n’importe quoi?
    Aujourd’hui afin de pouvoir vivre correctement certains n’hésitent pas à contribuer à projet musical pourri car il seront payés.

    Aujourd’hui nous sommes dans une autre ère, il n’y a pas de précédent. L’information, les inspirations transitent à la vitesse de la lumière.
    La musique s’allège, les compositions dépouillées pour des mélodies épurées c’est juste l’air du temps, on retrouve cette tendance dans tous courants.

    De ce fait, avant de parler de sauver le Zouk ou encore de relève, il faut véritablement faire un come back, revenir sur l’histoire. Le zouk n’a point besoin d’être sauvé, il est devenu musique nationale au Bresil, prisé par les cap-verdiens, source d’inspiration pour Rihanna sur son premier album et tube international avec Michel Tèlo.

    On a c’est vrai besoin de redresser la barre à cause de trop de projets médiocres, trop de médias qui ne font pas le boulot, de producteur qui pense plus à leur gain que de donner aux artistes les moyens de réaliser de vrais concerts. Si on remonte juste de quelques années des gens comme Dominik Coco, Yannick Cabrion, Paskal Vallot, Kwak, Taxi-Kolor, SOFT, Dissonance, Toni Chasseur, Tatiana Miath, feue Edith Lefel, pour ne citer qu’eux ont fait ou font encore le job. Ils n’ont pas oublié le mot authenticité.
    Nous avons des talents, à nous de les soutenir et n’écrivons plus n’importe quoi

    Laissez les artistes-créateurs faire ce qu’ils ont à faire!
    Bon courage à tous ceux qui ont foi en ce qu’ils font!
    Longue vie au Zouk ainsi que la nouvelle génération d’Artistes antillais

  • John
    22 février 10:18

    Merci pour ce commentaire Thyeks, je constate que l’on est globalement sur la même longueur d’onde. Juste quelques précisions : pas de faux procès, le manque de création vise globalement les artistes de la dernière décennie et pas la génération de Pascal Vallot, Tatiana Miath, etc., cet article ne retrace pas l’Histoire du zouk et les artistes cités ne sont pas les seuls à avoir du talent (cf. conclusion). Il s’agit de mettre en avant des personnes méconnues, pour la plupart, du grand public.

  • Chabine prod
    22 février 13:38

    Je regrette que cet « article » essaie d’opposer d’excellents artistes qui ont leur inspiration, a d’autres qui ont d’autres visions. C’est réducteur, mal amené et ne peut que nuire à l’ensemble des musiciens. Nous ne sommes plus dans les années 80, et c’est valable dans tous les pays pour toutes les musiques. Les jeunes haïtiens regrettent-ils Les Frères Dejean? Les jeunes américains regrettent ils Aretha Franklin? Les jeunes jamaïcains regrettent ils Péter Tosh ou Aswad? Chacun a sa place et son rôle, le Zouk est une musique vivante ou tout le monde amène sa pierre…

  • Riddick
    22 février 15:32

    Entièrement d’accord Thyeks je trouve cet article un peut dévalorisant pour certains artistes et non encourageant comme il en avait peut-être l’intention

  • Locksy
    22 février 18:59

    Cela me fait sourire de voir tant de remus pour cet article dont l’objectif premier se voulait critique plutôt que réducteur.
    Thyeks il ne s’agit pas de revenir sur un travail en amont qui a déjà été fait et validé par le public mais de mettre en lumière justement une nouvelle vague qui arrive avec des idées novatrices afin de donner un nouveau souffle au ‘zouk’.
    Le zouk n’est pas mort loin de là mais soyons honnête quand nous sommes tous d’accord eu égard la spirale commerciale et l’appât du gain quand il s’agit de produire des sons pourraves avec des synthé etc…
    Certains artistes ont choisi de ce battre malgré tout via des labels indépendants et c’est tout à leur honneur de vouloir se faire connaître par d’autres biais que les médias qui boycotte le ‘bon’ parce que cela sort du cadre.
    Il y a une proverbe créole qui dit «Sé vyé kannari ka fè bon soup». Utilisons donc le meilleur de chacun que ce soit producteur, artiste, ingénieur, etc pour offrir à notre public une écoute de qualité afin d’ouvrir d’autres canaux et continuer à faire grandir notre Zouk.

  • gélo
    23 février 10:20

    Au-delà de la liberté de chacun de s’exprimer ,il n’est jamais BON d’alimenter des polémiques, il y à du bon du moins bon ,quoique les gouts et les couleurs ne se commente pas…..la on se réfère à un COURANT MUSICALE qui amène de la fraicheur …..une des réalité de notre paysage musicale ,la non représentation de nos ARISTES à l’échelle NATIONALE…DIXIT …MR JEAN-MICHEL ROTIN sur le plateau de guadeloupe première « la varièté pour des raison éconmique « fait » de l’ombre à notre musique »la an té ké vlé nou ni ,pliss touné pou programé touné à awtiss an nou, pliss jounalys pou mèt artiss an nou an valè, pliss , pliss ,pliss yo vwè nou ,you tan nou ….

  • Philing
    22 mai 14:25

    Un nouveau concept musical !
    ZOUKCELTIC !!!
    Mariage reussie entre le Zouk et la musique traditionnelle Irlandaise !

    https://www.youtube.com/watch?v=PWaa4qLVX70

  • [...] http://www.tropicalizer.com/2013/02/20/home/news/la-nouvelle-scene-creole-sauvera-le-zouk-e-sy-kenne… [...]