21 janvier 2013
Publié par John

L’album dancehall/hip-hop 2012: Admiral T, Saël, Neg Lyrical… (PARTIE 2)

3)   Admiral T, la reconquête

 

Universal n’était pas derrière l’album hors-série Face B d’Admiral T et ceux qui suivent le deejay Guadeloupéen depuis plus d’une décennie s’en sont bien rendu compte. L’interprète de Gwadada, Gwada ting, Toute moune gatta, Débrouya, So strong… a effectué un retour aux sources. Les impératifs des majors derrière lui, Admiral débute l’album avec une phrase significative dans le 2e titre intitulé Malpalan : « Mwen pa té pati mè jod la mwen de retou » (Je n’étais pas parti mais aujourd’hui je suis de retour), un morceau adressé à ceux qui le voyaient déjà à la retraite.

 

Pour montrer qu’il est bien en place, Admiral T passe le mur du son (Rapiiide !) et renoue avec le « fast style » sur le titre Gangsta, un morceau contre la prolifération des armes aux Antilles et précisément en Guadeloupe. Quelques mois après, un adolescent attardé venait agiter son révolver dans une cité sensible de l’île. Ce dernier est apprécié car il raconte aux jeunes ce qu’ils veulent entendre. Oui, il s’agit bien de Booba. L’un dit à une partie de la jeunesse antillaise ce qu’elle ne veut pas entendre, l’autre dit à une partie de la jeunesse française ce qu’elle veut entendre et en fait un enfant gâté pourri. Une seule de ces deux éducations fait ses preuves sur la durée…

 

Faire du Admiral T en évitant de refaire ce qu’Admiral T a déjà fait

 

Sur Face B, 2 titres sont particulièrement réussis et sortent du lot : Péyi la malad et Lanmou danjéré. Sur le premier, le docteur Admiral T pose son regard sur la société guadeloupéenne, combien vont suivre son diagnostic ? Texte fort, belle interprétation, jolie compo reggae racée de Shane Brown. Ça faisait un petit moment que l’artiste ne nous avait plus gratifiés d’un titre reggae de la trempe de Everytime (album Mozaïk kreyol) ou de Doctè ka malad (album Toucher l’horizon). A noter, la palette concentrée de nuances de 3’14 à 3’40. Superbe inspiration et belle maîtrise technique. Ça, c’est du grand Admiral. Parlons maintenant de Lanmou danjeré, titre dancehall au bpm faible pour des paroles fortes et protectrices pour les femmes battues. « Mwen pé pa di’w attan’, mwen pé pa diw pa fann, an pliss i ka trompé’w é dot’ fanm, lanmou la sa i danjéré, mi kè aw ka fann », (je ne peux pas te dire d’attendre ni de ne pas t’en faire. En plus, il te trompe avec une autre femme, c’est amour est dangereux et voilà que ton cœur se brise), chante-t-il. Là encore, l’interprétation et la puissance vocale font la différence. De son côté, le piano pleure ses notes pour les femmes qui tombent sous les coups de leur conjoint chaque jour.

 

On n’oublie pas non plus le titre Baby love aux accents de zouk et de rnb, un bon petit morceau à l’âme sœur. A savourer à deux. En résumé, Face B est un album correct pour l’Admiral qui peut faire mieux. C’est le revers de la médaille, quand on fait un album comme Mozaïk kréyol, on suscite logiquement une attente toujours plus forte. A 31 ans et après 4 albums, Admiral T est à la croisée des chemins. Entre un public trentenaire plus exigeant, qui le suit depuis dix ans, et un public plus jeune dont les codes (musicaux et sociaux) sont radicalement différents, le Guadeloupéen doit rassembler. Il doit aussi trouver un nouveau souffle, l’équation : faire du Admiral T en évitant de refaire ce qu’Admiral T a déjà fait… C’est le défi qui attend le chef de file du dancehall francophone. Une chose est sûre, de Mozaïk Kréyol à Face B, il n’est jamais tombé dans la facilité.

 

Le top album, c’est fini. En 2012, Tropicalizer a aussi apprécié :

 

Konshens – Gal a bubble & Do sumn : c’est le deejay qui s’impose de plus en plus en Jamaïque. Konshens a signé le hit de l’été avec Gal a bubble propulsé par un riddim blockbuster. Le single Do sumn a aussi connu le succès.

 

G’Ny – Fanm isi (remix) : Délicieux. Si la version originale de Fanm isi était déjà une petite douceur, avec ce remix G’Ny a rajouté de la confiture de patate douce à l’intérieur. C’est dire ! Une pincée de caisse claire, une dose de « synthé » en prime (retrait de la guitare électrique au passage). Sans oublier l’inspiration d’Admiral T, une vraie valeur ajoutée.

 

Nicy – Sa faib : c’est un message de paix et c’est aussi du grand Nicy. Avec le clip de Sa faib, le Guadeloupéen présente un titre rap conscient et fort.

 

Tysmé – Exotysme : pour les amateurs de hip-hop créole, Tysmé aka Mano D’iShango revient avec le concept Exotysme : 6 petits morceaux de qualité, le tout en libre téléchargement.

 

 

Pompis – Rude boy/A no we dat. La révélation dancehall. Le Guyanais a confirmé son talent durant l’année 2012 où il a tiré son épingle du jeu, notamment après les succès des titres Rude boy et A no we dat.

 

Prof A et Tiwony : une rythmique zouk, le flow dancehall du deejay guadeloupéen Tiwony, le chant du guyanais ProfA. Un résultat d’une qualité sans conteste, et présent sur l’album de ProfA, Nouveaux départs.

 

Saïk – Sexy daggering : la chanson Sexy swaggaring est posée sur une bonne composition soca aux accents électro signée Mastercwill. Le tout est bien dosé, très entraînant et Sexy swaggaring s’est invité à la course du hit de l’été 2012.

 

Paille – Assé : il a balancé un missile musical qui dénonce pêle-mêle l’attitude de certains hommes politiques, certains artistes mais aussi celle d’une partie de la population martiniquaise. Tout le monde en prend pour son grade, les médias également avec Assé.

 

Lire la 1ère PARTIE  du dossier  L’album dancehall/hip-hop 2012: Admiral T, Saël, Neg Lyrical…

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