18 juillet 2012
Publié par Didie Ebk

Sébastien Drumeaux: le « D’Angelo des Caraïbes »

Il y a quelques mois déjà, Internet a connu une double révélation avec la sortie du clip énigmatique Sonjé mwen et la découverte du jeune artiste Sébastien Drumeaux, chanteur de soul créole alternative mais pas que… Tropicalizer est allé à sa rencontre pour percer le mystère de cet artiste, aux racines musicales variées, qui a une vision profonde de son art.

 

Peux-tu te présenter aux internautes de Tropicalizer ?

Je suis un jeune auteur-compositeur interprète guadeloupéen, je suis originaire du Moule et j’ai 27 ans. Je chante depuis 4-5 ans. J’ai commencé la musique dans ma commune, à l’école de musique CEFRIM, mon éveil musical a débuté avec le gwo ka à 4 ans, j’ai ensuite continué par le piano classique qui m’a apporté les bases de solfèges & d’harmonie… Puis j’ai eu un coup de cœur pour la batterie qui est de loin mon instrument de prédilection.  Je suis parti en France pour faire des études à  l’école MAI (Musical academy international), j’y ai reçu un enseignement assez large et intéressant car en plus de la pratique d’un instrument et les cours d’arrangements, il y avait beaucoup de théorie. Cela m’a permis de faire mon métier de musicien aujourd’hui.

 

D’ailleurs, quelles sont tes influences ?

D’Angelo, Bjork, Me’Shell Ndegeocello et tant d’autres. Tous ceux qui peuvent proposer leur vision jusqu’au bout. Je suis très fortement influencé par la musique afro-américaine. J’écris en anglais, en créole car je me sens à l’aise dans ces langues où j’exprime le mieux mes émotions. Je fais en sorte de respecter l’inspiration première. Si un jour l’inspiration me vient en français ou toutes autres langues, j’écrirais dans cette langue-là.

 

Tu te sens plus l’âme d’un chanteur ou d’un musicien ?

Je dirais que je suis plus musicien que chanteur, voire même plus producteur que chanteur. Aujourd’hui, je me consacre beaucoup à la production car le travail de création me correspond plus. C’est vraiment une vision d’ensemble, partir sur des idées différentes, produire des projets différents c’est une versatilité qui me plait.

 

Tu as toujours écrit tes textes ?

L’écriture de texte est quelque chose que je découvre. Je fonctionne plus par l’oreille, par la phonétique des mots, le sens s’inspire de lui-même au fur et à mesure du morceau que je l’affine. Ce sont des sons et une ambiance qui définissent le thème et le sujet du morceau.

 

Sébastien Drumeaux feat. Jacques Schwarz-Bart – Sonjé mwen

 

Tu es un touche-à-tout alors ?

Le fait d’être versatile et multi-casquette dans le milieu de la musique, c’est un phénomène qui a tendance à se généraliser aujourd’hui. Du fait que l’industrie musicale est en pleine mutation, les artistes sont souvent amenés  à être le plus autonome que possible. Prenons mon cas par exemple, j’ai été amené à réaliser le clip de Sonjé Mwen  (avec mon petit frère Jonathan, un passionné) notamment grâce à un BTS audiovisuel que j’avais fait. J’ai puisé dans mes goûts musicaux les clips que j’ai aimés, tout cela permet d’apprendre à comprendre les rouages. Ça  responsabilise énormément car tout repose sur nous mais c’est très enrichissant.

 

Comment Sonjé mwen t’est-il venu ?

Sonjé mwen , c‘est un souvenir  d’il y a 3-4 ans à New-York où j’ai passé un séjour haut en couleurs. Je bossais avec Jacques Schwarz-Bart, on a testé de nombreuses choses dans son studio sur les morceaux que j’avais amenés. A côté de ça, je logeais chez des amis musiciens grâce à qui j’ai rencontré de nombreuses personnes. Je me suis abreuvé d’énormément de choses, écouté des musiques différentes. C’était génial, je faisais écouter ma musique aux gens, j’ai vraiment ressenti une connexion et développer des collaborations. Sonjé mwen c’était un peu mélange de tout ça. J’ai commencé ce morceau il y a 5 ans mais je l’ai terminé seulement il y a 2-3ans. On revient de loin, à la base c’était une chanson totalement différente mais il n’y a pas de limite pour retravailler un morceau.
Vicelow feat. Rachel Claudio et Sebastien Drumeaux – Zetwal Box

 

Jacques Schwarz-Bart, Vicelow, Rachel Claudio, SoFly, Dean Bowman, Tanya Saint-Val, Morgan Heritage, Daly… sont des artistes avec lesquels tu as collaboré entre entres. Pourquoi naviguer autant d’univers ?

Ce sont des rencontres qui en amènent d’autres. Dans mon cheminement propre, elles alimentent également ma musique. Chacune a été vécue à des périodes de ma vie qui n’ont rien à voir entre elles mais c’est vraiment une continuité. En tant que musicien et mélomane, je recherche les choses qui vont déchirer l’esprit, remettre en question ce que j’ai fait jusque-là, me faire évoluer. A chaque fois, c’est une grande satisfaction d’être sur un projet qui me plait et voir que le projet finalisé ressemble à ce qu’on attendait.

 

Parle-nous de ta collaboration avec Jacques Schwarz-Bart ?

Ça c’est bien passé. J’avais rencontré Jacques lors d’un de mes séjours à New-York, la connexion s’est faite, on a organisé un séjour où je suis allé travailler chez lui à NYC. On a bossé sur plusieurs morceaux. Il m’a vraiment permis de me cadrer, il m’a beaucoup conseillé sur la façon d’aborder mon projet.

 

Qu’entends-tu par ton « projet » ?

C’est un projet d’album, le titre Sonjé mwen, sorti le 1er mai est le premier titre de l’album. Je l’appelle « le projet » parce qu’il est en cours. J’ai déjà un répertoire que j’ai débuté il y a des années mais entre temps j’ai accumulé des influences nouvelles donc je laisse la porte ouverte car je ne suis pas à l’abri de faire de nouvelles choses. Et j’aspire à être productif jusqu’au bout.

 

Tu as un univers assez particulier, on te présente comme un chanteur de soul alternative, tu en penses quoi ?

Oui. J’aime bien ce terme là car quand on pense à la soul on pense à la soul afro-américaine alors qu’il n’y a pas que ça, il y a plusieurs influences comme le Jazz, l’électro mais aussi beaucoup de rythmiques caribéennes. Un son qui n’a pas de limite.

 

Ton regard est très porté sur les US alors?

Non, vers les Amériques en général. Parce qu’en tant que Guadeloupéen, je me considère comme un Américain d’Amérique centrale, ne serait-ce que par la région géographique. La musique brésilienne est également riche d’influences pour moi : la bossa nova, la batocada, la samba. L’art caribéen, la musique haïtienne, St-Domingue, la musique afro-caribéenne etc…L’Europe également mais au niveau phonétique l’anglais et le créole me vont mieux.

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