10 juillet 2012
Publié par John

Capitaine Nico: « Je suis fier de voir que ça marche pour Krys et Mighty Ki La »

Pull up de Féfé Typical, An vlé on gal, V.I.P, Garde Cocottes… de Krys, Lov’ de Little Espion et d’Admiral T, Main a yo sal de Tiwony, An mission nou yé de Straïka D, Kon krack de Shaolin… La liste des smash hits est encore longue ! Au début des années 2000, Kickilla Records était une fabrique à tubes. A la tête du label, on trouvait notamment Capitaine Nico et son acolyte Mister Francky, compositeur de talent. Chanteur moyen (il le dit lui-même, une sincérité qui l’honnore), il a eu beaucoup de flair en dénichant de nouveaux talents pour ses compiles à succès (Killa Session 1 & 2, Mega Watt, Dancehall Traxx 1 & 2…). Un certain âge d’or du dancehall. Aujourd’hui, le capitaine a jeté l’ancre du côté de la Guadeloupe. Qu’a-t-il retenu de cette période musicale faste (& furious) ? Quels sont ses projets ? Capitaine Nico dit tout à Tropicalizer.

 

Féfé Typical – Pull up

 

On n’entend plus parler de toi dans le milieu de la production… Que devient Kickilla Records ?

En tant que chanteur, ça fait 5 ans que j’ai arrêté. Il y a un temps pour tout. Les jeunes qui arrivent sont prometteurs donc il faut savoir prendre sa retraite d’autant plus que j’étais un chanteur moyen. Concernant la production, Kickilla Records a été mis entre parenthèses depuis 3 ans. La première raison, c’est la crise du disque. A l’époque on vivait exclusivement de la musique et des ventes de CD. Quand le chiffre des ventes est devenu 20 à 30 fois moins important, c’est devenu ingérable…  Sur Killa Session (2002) ou More Vibes, on vendait facilement 20 000 pièces et 6 ans après les chiffres étaient plutôt aux alentours de 2 000 pour Dancehall Traxx 2 par exemple… Alors, on a décidé de se concentrer sur d’autres activités.

 

Parmi les raisons, on peut citer le téléchargement illégal mais cette chute des ventes n’a-t-elle pas aussi coïncidé avec l’essoufflement du format « one riddim » pour la production dancehall ?

Peut-être aussi… Mais je pense que les one riddim n’ont plus marché surtout parce que les producteurs ont arrêté d’en faire. D’ailleurs, Kickilla n’a pas été le seul à avoir arrêté. Du coup, les artistes qui posaient sur les one riddim n’ont plus bénéficié de la même visibilité. Une période de flottement a donc suivi. Ils ont dû faire des projets solos, ce qui n’est pas plus mal.

 

Krys – Garde cocotte

 

Aujourd’hui, dans quels projets t’es-tu investi ?

J’ai monté ma boîte d’évènementiel aux Antilles. La vie fait que l’on arrive à des activités plus pérennes. Ce n’est pas la même chose quand on a 20 ans… J’organise des soirées dancehall, des podiums pour les fêtes communales avec des artistes zouk, kompa… En marge de tout cela, je suis associé dans la gestion d’un restaurant de bokits (ndlr : La Kaz, à Paris). Dans la capitale, il fallait un vrai restaurant de bokits alors on a décidé de se lancer. Un deuxième restaurant ouvrira ses portes non loin du métro République en juillet. Mon but, c’est que tout le monde mange un bokit à Paris et que cela devienne populaire comme le sandwich grec. En plus, c’est meilleur pour la santé.

 

Tu as laissé tomber la production à 100% ou pas ?

La musique, c’est un peu comme une femme. Elle te saoule un peu mais quand elle n’est pas là, elle te manque. J’ai donc toujours quelques activités dans le milieu. Je participe notamment à la promotion de l’album à venir de Shaolin. Je bosse aussi avec G-Zup pour la promotion du nouvel opus de Saïk. J’ai gardé mon réseau et donc j’en fait profiter. Je compte aussi créer un nouveau studio d’enregistrement et un nouveau label à Paris. Avant, la musique c’était les épinards, maintenant ce ne sera que le beurre dans les épinards. Si ça ne me rapporte pas, tant pis, je fais ça pour le plaisir.

 

Tu as vécu un certain âge d’or du dancehall, quel regard portes-tu sur la nouvelle génération de deejays ?

Age d’or… Pas vraiment. Avant Kickilla, il y avait du dancehall et il y en aura encore. La musique c’est fluctuant. Les radios ne jouent pas encore assez le jeu et le dancehall a toujours cette image liée à la violence et à la drogue. C’est une musique qui va encore mûrir et pour moi c’est la seule qui porte un message, on aura toujours besoin d’elle. Je n’ai pas de problème avec le « slackness » ou les « badman tunes », mais je trouve qu’aujourd’hui les messages sont trop souvent absents des chansons. Certes, ce n’est que de la musique et moi aussi j’en écoute mais je pense que l’on a besoin de plus de « conscious lyrics ». C’est pour cela que j’aime beaucoup les artistes comme Sadik, Yeahman’C, Paille… Ça donne de la profondeur à l’artiste.

 

Que retiens-tu des années Kickilla ?

Ce que l’on a fait, on l’a fait à la vibe et on a aimé le faire. J’ai fait plein de rencontres uniques, j’ai beaucoup voyagé, c’était une belle aventure humaine. Faire ce qui te plait dans la vie, ça n’a pas de prix. Je ne suis pas un mec envieux. La réussite d’autrui me fait plaisir. Je suis fier de voir que ça marche pour Krys (Step Out) et Mighty Ki La (ndlr : les deux artistes ont débuté au sein du label Kickilla). Je regarde ça vraiment d’un œil bienveillant, je ne suis pas dans les petites mesquineries. Il ne faut pas avoir peur de monter son business. L’échec existe mais ce ne sera qu’un peu de temps et d’argent perdu. Je n’ai pas fait beaucoup d’études, j’ai un BTS de maintenance industrielle et je n’ai pas appris à gérer une entreprise. Mais au final, j’ai vécu une belle aventure et elle continue. J’encourage les jeunes à entreprendre que ce soit dans la musique ou dans un autre domaine.

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