11 mai 2012
Publié par Didie Ebk

Meemee Nelzy: la plus américaine des chanteuses de hip-hop/soul creole

Meemee Nelzy, ce nom ne vous aura pas échappé. Dans l’univers hip-hop/soul, son nouvel album Kréyòl Seasoning sorti en novembre 2011 a été très remarqué dans les pays anglosaxons au point de figurer dans les classements de sites musicaux UK et US de référence : Large Up, Okayplayer, KevinNottingham.com et Morpheus Soul Show. La performance est à souligner car avec un album 100% « made in West Indies » et uniquement chanté en créole, peu d’artistes trouvent grâce aux yeux des Américains et des Anglais. Désormais, une seule question se pose : à quand la reconnaissance aux Antilles ? Pour tenter d’y répondre, Tropicalizer est allé à la rencontre de Meemee Nelzy. Elle nous en dit plus sur son album Kréyòl Seasoning et sur elle.


Peux-tu te présenter ?

Je suis une femme qui aime tellement la musique qu’elle a tout fait pour en faire ! J’ai pris le temps de me construire en tant que personne et avoir cet objectif était tout simplement mon moteur. J’ai travaillé dans des domaines variés, tels que le tourisme par exemple. Mes premières scènes remontent à dix ans avec un collectif d’artistes à Toulouse. Depuis quelques années déjà je chante en solo et me consacre maintenant entièrement à ma musique.


Ton album Kréyòl Seasoning est sorti au mois de novembre 2011, il est très différent de ton 1er album Âme nouvelle. Quel est l’état d’esprit de ce nouvel opus ?


J’ai voulu un virage pour montrer une autre facette de moi. Ma musique évolue avec moi. J’aime les défis : j’ai d’abord pensé à un projet entièrement écrit en créole puis j’ai voulu des sonorités différentes de ce que j’ai pu faire sur Âme Nouvelle en tant que beatmaker. Pour la composition, j’ai donc décidé de faire appel à des amis. Je n’ai produit qu’un seul titre sur cet album. Le concept est venu en invitant uniquement des beatmakers d’origine antillaise.


Pourquoi avoir choisi un nom en anglais alors que l’album est 100% créolophone ? Et pourquoi un album en créole uniquement ?


L’idée de l’« assaisonnement créole » m’est venue comme un déclic un peu comme Âme nouvelle. Je ne l’explique pas. Par contre, cela est vite entré dans le processus de création de mon concept. J’ai traduit cette expression partiellement en anglais avec Kréyòl Seasoning car ce projet est destiné principalement au marché créolophone et au marché anglophone. Cela explique l’écriture des textes en créole et l’apparition d’un artiste anglophone.


Pour toi qui est née et a grandi en France, est-il plus difficile d’écrire en créole qu’en français ?


Au début de la création de Kréyòl Seasoning, il m’était beaucoup plus facile d’écrire en français. J’ai donc beaucoup travaillé mon écriture créole avec un maximum de respect pour la langue, en demandant conseil par exempl e. J’ai évité les anglicismes, j’ai soigné les expressions, les sonorités. Cela a été un très bel exercice, maintenant je me sens plus à l’aise avec l’écriture créole.



Pourquoi ne pas avoir plus marqué les s onorités créoles sur toutes les chansons, comme sur la chanson On ti fanm kon mwen où le ka et les rythmes latins prédominent ?


Je reste une artiste soul/hip-hop et je n’ai en aucun cas voulu imposer les sonorités du tambour ka par exemple. En revanche, J’ai fait appel à mes amis, pleinement consciente de leur style propre à chacun (future soul, kako fusion, boom bap, ect.) et je leur ai dit : « Voilà, mon concept c’est la créolité, proposez moi quelque chose ». J’étais certaine que j’aurais au final des couleurs variées et que leur appartenance à la communauté antillaise allait se faire ressentir d’une manière ou d’une autre, et pas forcément avec le ka ! Et ça a fonctionné comme je voulais.


On navigue dans une ambiance très « chill » (reposante) sur Kréyòl Seasoning à l’instar du titre Zèl ou Nouriti a lespwi. La touche Meemee Nelzy c’est toujours un discours positif, jamais trop moralisateur. D’où te viennent tes convictions ?


J’aime parler de choses concrètes et j’ai horreur des futilités. J’écris la plupart de mes textes mais j’aime aussi le travail de Giuliano, Timalo et Döry. Ce sont des artistes engagés chacun à leur manière. J’ai fait appel à eux  pour plus de relief dans mes projets. J’aime apporter un regard positif même sur des sujets graves car la vie est déjà bien trop dure. Ensuite, l’ambiance reposante vient peut-être de mes lectures actuelles. Je suis assez nerveuse et la musique me calme. Alors si j’apporte un peu de calme et de douceur à ceux qui écoutent mes chansons, j’en suis très fière.


On voit sur la toile que tu as noué de fortes relations avec les US (featurings avec JR ou Large Professor – rien que ça !). Comment une jeune guadeloupéenne se retrouve embarquée avec des pointures américaines ?


Je ne dirais pas que ce sont des fortes relations, tout se joue en ce moment et une relation avec un pays étranger est toujours fragile. Mais il est vrai que j’ai reçu un très bel accueil des blogueurs et « podcaster » anglais et américains. Je suis très surprise mais cela remonte à Changes of atmosphere l’album du français Dela avec la crème des rappeurs américains vers 2008. J’ai été invitée à chanter le refrain d’un titre avec Large Professor, rappeur et beatmaker de légende (découvreur de Nas). Sur cet album, on retrouve aussi Talib Kweli, Elzhi, Les Nubians… Mon nom a depuis circulé dans les blogs spécialisés. Certaines personnes ont pu repérer mon travail et même s’ils ne comprennent pas ma langue, ils apprécient la « vibe ».


Parle-nous de ta collaboration avec John Robinson ?


J’ai eu la chance de m’inscrire sur MySpace à une époque où il y avait encore peu de Français et même pas du tout d’Antillais. Il était presque facile de communiquer avec des artistes américains plus ou moins connus à l’époque tels que Aloe Blacc, Stacy Epps ou John Robinson. JR a aimé mes démos et a commencé a me suivre et m’encourager. On a tenté de travaillé ensemble mais rien n’a abouti, jusqu’au jour où je l’ai rencontré dans un club à New-York. On est par la suite vraiment restés en contact. C’est naturellement qu’il a accepté mon invitation, quelques années après, pour Kréyòl Seasoning.


Cela ne t’a pas échappé, le courant soul/hip-hop caribéen prend de plus en plus d’ampleur, comment se traduit ton implication dans ce mouvement ?


C’est que le hip-hop et la soul connaît un beau mouvement ici aux Antilles ces temps ci. En revanche, je pense qu’il faut faire attention aux tendances. A mes premières interviews, on me demandait pourquoi j’ai choisi ce courant. J’ai toujours répondu que c’était cela ou rien. J’ai la chance d’évoluer et de travailler avec des gens pour qui le hip-hop et la soul est leur vie, nous sommes des militants en quelques sortes. Après, j’ai collaboré avec plaisir avec d’autres artistes qui comme moi avaient de gros projets en chantier et nous avons tous sorti nos premiers albums presque en même temps.

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