26 novembre 2010
Publié par John

SamX: « Si j’étais dans la vie comme je suis au micro, je ferais fuir les gens ! »

« Ou ja konèt maaannn ! » Si tu reconnais ce gimmick, c’est que tu sais déjà de qui il est question : SamX. Entouré de son compositeur fétiche, Phantom X, il mûrit son reggae-dancehall avec son deuxième album solo : De causes à effets. Tropicalizer a rencontré un jeune homme très calme. Rien à voir avec le deejay survolté qui « mash up » les riddims à la chaîne avec son flow rageur. SamX aka « Le Sam » s’est confié : son nouvel opus, ses projets, son enfance et l’éclatement du collectif Mortenol District.


Comment doit-on t’appeler maintenant, SamX ou « Le Sam » ?

« Le Sam », c’est juste un surnom que l’on m’a donné dans le quartier. Lorsque l’on estime quelqu’un, on rajoute l’article « le », ça a donné « Le Sam ». Cela dit, ça n’a pas changé pour autant, je suis toujours SamX.


Pourquoi ce nouvel album De Causes à effets ?

Cela faisait trois ans que mon premier album solo était sorti (Bondié sel sav), j’ai senti que le moment était venu pour le deuxième. J’écris tout le temps de nouvelles chansons, si je devais m’écouter, je sortirais un nouvel album tous les six mois !  Pendant ces trois années, j’ai changé beaucoup de choses dans ma manière de travailler : j’ai gagné en maturité et je me suis entouré de professionnels. Par ailleurs, j’ai développé l’aspect production.


Comment as-tu rencontré ceux avec qui tu as collaboré sur cet opus ?

Je travaille avec Swé depuis un an et demi. Je l’ai rencontrée par l’intermédiaire du compositeur Phantom X. Elle maîtrise vraiment ce qu’elle fait et c’est d’ailleurs ma coach vocal. La vraie combinaison avec elle, c’est le titre Hold up. Sur Haya level, c’est juste un sample de sa voix que l’on entend, ce n’est pas un vrai featuring. Kellingston, je le connais depuis Genesiz en Guadeloupe car il faisait partie de la « new school » avec Jo Wayne que j’ai vu grandir. Brasco, c’est la famille, il a vécu à Pointe-à-Pitre et maintenant il fait son trou dans le rap français. Funny, je l’avais repéré à Bordeaux. Il avait bien « écrasé » durant la première partie de Busy Signal.


En interview, tu parais bien calme. D’où te vient cette force qui te permet de « mash up » les riddims ?

Elle vient de Dieu… Quand je prends le micro, je deviens quelqu’un d’autre. Je suis calme dans la vie de tous les jours. Quand les gens sont étonnés de me voir aussi cool, je leur dis que si j’étais dans la vie comme je suis au micro, je ferais fuir les gens [rires]. En fait, j’analyse et je médite au quotidien, ensuite je me lâche au micro.


Comment définirais-tu  ta musique ?

Avec mes compositeurs, on fait de la « high-tech music ». Je cherche à créer la tendance et pas à suivre celle des autres. Il y a des suiveurs et puis il y a des leaders… Pour cela, je travaille avec Phantom X, Don Jalys, Yann Dakta, Skan… J’essaye de m’entourer des meilleurs dès qu’ils me donnent de la « high-tech music ».



Tes débuts datent de plus de dix ans. Quel regard portes-tu sur ton parcours ?

Je me dis que c’est bien. J’ai commencé à entreprendre et à produire d’autres artistes très jeune. Aujourd’hui j’ai 24 ans et je suis fier de tout ça. Si cela peut motiver d’autres jeunes à se prendre en main dans la musique ou dans un autre domaine, tant mieux. Maintenant, la route est encore longue et on verra bien ce que me réserve l’avenir.


La fin des années 2000 a été dure pour le dancehall après une des années fastes, non ?

Au niveau de mon public, je n’ai pas du tout ressenti ça. La vague dancehall a pris une claque avec le crunk, mais les deejays sont là. Il y a toujours des dates pour des prestations en boîtes de nuit. On se fait connaitre dans des endroits très reculés et on gagne bien sa vie. Par contre, si l’on aspire à évoluer, il faut se concentrer sur des prestations en live.

« Ne pas faire croire aux jeunes que l’on mène une vie de star »

Arrives-tu à vivre de la musique ?

Oui, grâce à la Sacem, les ventes de CD, les showcases… mais cela ne veut pas dire que ma retraite est assurée ! Je ne vais pas dire à un jeune d’arrêter ses études, même s’il est bourré de talent, et de tout miser sur la musique. Il faut pouvoir s’assurer quelque chose à côté. Moi, si je dois travailler ou faire une formation pour gagner ma vie, je le ferais sans problème. L’argent se gagne en travaillant. Il ne faut pas faire croire aux jeunes que lorsque l’on est dans la musique on mène forcément une vie de star.


Hormis la musique, tu fais quoi d’autres dans la vie. Sport ? Jeux vidéo ? Shopping ?

Durant la journée, je peux aller au studio, faire un peu de basket, jouer à la PlayStation (Call of Duty et PES 2010) ou me connecter à Facebook et MSN mais uniquement pour le travail. Je sais aussi m’écarter du monde virtuel car nos vies ne doivent pas se résumer qu’à ça.


Revenons sur Murda dem (2008). As-tu été le précurseur du dancehall électro avec ce titre ?

J’aime créer la tendance. A la base c’était un « délire »… Etant éclectique, j’écoute de tout et ce titre électro house (No stress de Laurent Wolf) m’a  donné envie de poser. On m’a critiqué à l’époque. On m’a dit que je faisais de la tecktonik alors que c’est le nom d’un mouvement et pas d’un style musical. Cependant, ceux qui m’ont traité de fou étaient les mêmes qui mixaient le morceau et qui dansaient dessus… Le dancehall électro, c’est l’une des tendances du moment. Tu fais un morceau, mais tu ne sais jamais où cela va t’amener. C’est ça la musique !


Ton univers artistique est fait de spiritualité, de « sexy gyaldem » mais aussi de violence et de jalousie. Un univers plutôt sombre, non ?

Je dépeins la réalité au micro. Ma vie n’a pas été simple depuis l’enfance, je ne le cache pas et au contraire je l’exprime. J’ai grandi sans mon père et j’ai perdu ma mère très jeune. J’ai été recueilli par tante qui habitait à Mortenol. J’ai toujours été très spirituel, même si je ne suis pas spécialement dans une religion. Je suis catholique à la base et c’est en Dieu que j’ai trouvé la force dans les moments difficiles.


Tu as grandi à Mortenol (quartier chaud de Pointe-à-Pitre), quel souvenir en gardes-tu ?

Mortenol a toujours été pointé du doigt en raison de sa proximité avec le ghetto de Boissard. Aux informations, on a dit tellement de choses sur Mortenol… Que du mal. Pourtant j’ai grandi normalement dans la cité. Il faut dire que je ne suis pas spécialement influençable. Ma tante et mon oncle m’ont bien encadré et je les remercie encore pour cela.


Que devient le collectif Mortenol District ?

Tout d’abord, il faut différencier Mortenol District de Genesiz production, label que j’ai créé et qui continue de se développer. Pour revenir à Mortenol District, chacun a fait sa route : Young Chang a pris son indépendance et Saïk a signé avec Don’s music. En vue de leur développement artistique, ils ont fait un choix et je respecte ça. Ocsen, lui, fait des instrus, il a fait tous les riddims du Genesiz Bashment. Méthi’s, j’ai écouté son album (ndlr : elle s’est mise au zouk), c’est « frais ».


Vous êtes toujours en bons termes ? Pourra-t-on vous voir réunis à nouveau sur un projet ?

Pourquoi pas ? Nous ne sommes pas fâchés. Ce sont les gens qui parlent… Il y a une page qui a été tournée depuis l’époque des compilations Tewowist mais la porte de Genesiz production n’est fermée à aucun artiste. Genesiz, c’est le son du peuple !


Crédits photos (sauf N°4) : Syndi Mimiette

4 746 vues
FacebookTwitterMySpaceHotmailGoogle GmailYahoo MailShare
Ajoute un commentaire