19 novembre 2010
Publié par John

Pierre Huberson (Nomads): « Le zouk s’américanise et ce n’est pas mon truc »

Pour ce 1 000e article (en 22 mois d’existence), Tropicalizer vous offre l’interview de Pierre Huberson du groupe Nomads. Depuis Boston, ce chanteur et compositeur guadeloupéen se raconte et partage son point de vue sans concession sur le zouk. Son franc-parler en fait un interlocuteur de choix, sa voix chaude et sa sensibilité artistique sont à découvrir sur dernier opus. Après Cœur Caraïbe, voici Pierre Huberson à cœur ouvert.


Parle-nous de l’opus Cœur Caraïbe

C’est mon premier album en solo. Être dans un groupe demande certaines concessions artistiques. Avec Cœur Caraïbe, j’ai voulu me lâcher et exprimer toutes mes influences musicales et ce que j’ai appris ces dernières années. J’ai voulu parler des choses de la vie tout simplement. C’est un album qui cible plutôt les Antilles. Il est moins destiné à l’oreille urbaine de ceux qui vivent à Paris par exemple.


Pourquoi faire cette différence entre les publics antillais et parisien?

On est à une croisée des chemins dans l’histoire du zouk. Je fais un constat et pas une critique : le zouk s’américanise et ce n’est pas mon truc. Alors que je suis exilé aux États-Unis, j’effectue plutôt un retour aux sources avec un concept caribéen fait de chaleur et de soleil. Cet univers est différent de la musique high-tech ou électronique. D’ailleurs, lorsque je fais écouter du zouk aux Américains, ils ne restent pas indifférents. Cette musique a un potentiel incroyable mais nous manquons globalement d’ambition…


Pourquoi « rejeter » cette américanisation du zouk, alors que tu baignes dans cette culture ?

On rêve toujours d’ailleurs. C’est dans la nature humaine de vouloir ce que l’on n’a pas. Moi aussi j’ai eu envie des Etats-Unis, sauf que j’y suis allé… L’Eldorado est toujours plus beau de l’extérieur surtout lorsque l’on regarde les clips musicaux diffusés par MTV ou Trace TV. On a envie d’être Lil Wayne, 50 Cent ou Rihanna. Je suis insensible à tout ça car je suis en plein dedans à longueur de journée et aussi parce que je vois l’envers du décor…


Que faut-il donc apporter au zouk ?

Au lieu de reprendre des  bouts de musiques américaines et de les intégrer au zouk, j’ai envie de prendre des techniques de production et ensuite les adapter au zouk. Ceci, pour que la qualité du son ait un niveau international et pour que cette qualité soit reconnue.

Je n’aimais pas l’image que renvoyait Ali Angel…

Tu as travaillé avec Ali Angel sur le hit Pou lanmou (2007). Comment l’as-tu rencontré ?

La première fois c’était à Boston mais on ne se fréquentait pas à ce moment. A vrai dire, je n’aimais pas l’image qu’il renvoyait. On a vraiment fait connaissance au Cap-Vert durant l’été 2005 ou 2006 au festival de Gamboa. On s’est rendu compte que l’on avait beaucoup de points communs. C’est un féru de musique antillaise : je lui chantais des lignes de basse de Michel Alibo et il les connaissait aussi ! Je me suis rendu compte que c’était quelqu’un d’ultra passionné comme moi. C’est un bosseur et il a une pureté artistique qui est phénoménale. C’est donc là que j’ai rencontré non pas Ali Angel mais Alirio Rojas-Fanon et depuis nous sommes amis. J’ai découvert ce qu’il y avait au-delà de l’image médiatique. Je respecte énormément son travail. Certains font de la musique pour se mettre en avant, lui, il est là pour faire avancer les choses.


Raconte-nous tes débuts dans la musique…

J’ai commencé à chanter à l’église. Comme pour beaucoup, mon déclic s’est fait avec Michael Jackson. J’ai vu ce qu’un homme noir était capable de faire musicalement au summum de son art. J’ai rapidement pris des cours de piano et de guitare. J’ai aussi monté un groupe au lycée. Après le bac, j’ai décidé d’être ingénieur du son, mais toujours avec le chant en tête. Je suis passé par la métropole, ensuite je suis parti aux Etats-Unis pour intégrer le Berklee college of music (situé à Boston) pour m’aguerrir. Aujourd’hui, je suis ingénieur du son et réalisateur musical. Les albums sur lesquels je travaille n’ont rien à voir avec que je fais en solo. Ca va du rnb au pop-rock en passant par le gospel.


Nomads, qu’est-ce que c’est au juste ?

Nomads est un concept qui est devenu un groupe. Ensuite, il est redevenu un concept. Lorsque je suis arrivé à Berklee, je me suis mis à rechercher mes propres racines, c’est ce que provoque l’exile. Par la suite, j’ai rencontré Steeve Desrosier (ancien guitariste du groupe Carimi) dans un magasin de musique. Après, j’ai rencontré Marc Goncalves qui avait fait une année à Berklee aussi. On se cherchait tous un peu. Steeve est Haïtien et Marc est Capverdien, mais nous avions beaucoup de choses en commun musicalement. Au même moment, Steeve a été appelé par Carimi pour faire partie du groupe. Par conséquent, le premier album a été essentiellement fait par Marc et moi. Cela a été une vraie expérimentation car nous étions à la recherche de notre couleur musicale. Lorsque Steeve a quitté Carimi, nous avons fait le deuxième album (The Challenge) et notre son était beaucoup plus mûr. Le titre Pou lanmou a d’ailleurs connu un grand succès. Nous avons fait une tournée par la suite. Après six ans, le groupe n’a pas tenu au niveau humain. Steeve et moi avons continué. Marc, lui, s’est lancé dans la production.


On ne te voit pas beaucoup aux Antilles et à Paris… Comment mener une carrière sans faire beaucoup de prestations ?

Je déteste le play-back et je prône le live. Pour exister et être respectée, une musique doit être jouée.  Kassav a amené le zouk aux quatre coins du monde en le jouant sur scène. Aujourd’hui, cette musique est mise en conserve et on ne lui rend pas service… Cela dit, je n’attaque personne car les artistes doivent se nourrir aussi. Si l’on m’appelle pour jouer à Paris, je viens tout de suite ! Je me ferai une petite équipe avec Grégory Louis, Mike Clinton, Didier Davidas et les frères Castry.


Comment ça, tu attends que l’on t’appelle ?

Mon album Cœur Caraïbe est ma carte de visite. Je fais briller ma lumière comme je peux. Ce n’est pas à moi de prendre un avion et de me poser dans le métro Bastille ou Nation pour chanter avec ma guitare… Ce n’est pas le concept. Je présente ma musique pour que le public ait envie de la voir jouée. Si je n’ai pas encore été sollicité pour le live c’est que je n’ai pas encore accompli tout ce que je devais faire. Cela dit, nous y travaillons avec NS Events.  Il y a d’excellents musiciens à Paris et aux Antilles et je pense que l’on me verra bientôt.


Pierre Huberson (Nomads) – Toucher le ciel

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Ajoute un commentaire
  • Hervé
    20 novembre 8:06

    Tout d’abord félicitation pour ton 1 000e article, car c’est du boulo. Puis, merci à Pierre Huberson de nous avoir partager sa vision sur le Zouk que je trouve juste.

    Toutefois, je pense que l’on peut faire du zouk r’n'b sans pour cela dénaturer le zouk.

    Au faite Mr Pierre Huberson qu’est-ce que les fondamentaux du zouk (les bases) ? qu’est-ce qui fait que cette musique soit du zouk et pas autre chose ?

  • Locksy
    20 novembre 14:46

    En plus d’être le 1000 ème article, merci pour ce bel interview consacré à Pierre Huberson…
    Déjà 22 mois que Tropicalizer existe…. qu’il devienne la référence en matière de Ragga/Reggae/Dancehall/Zouk.

  • John
    20 novembre 18:23

    Merci Hervé ! C’est clair que c’est du boulot, toi-même tu sais :) Je te souhaite pareil.

    Merci Locksy ! On l’est déjà peut-être, qui sait ? lol

  • Christina
    20 novembre 20:33

    Très bon article et discours très intéressant de ce Mr Huberson !!!
    Keep going on !

  • Josee Pepita Sebigo
    20 novembre 23:29

    I am a huge fan of Nomads, Ali Angel and of course Pierre. Pierre is so talented and so pure. I am not from the Caribean but I really enjoyed the solo Album that hedid :Coeur Caraibes ». You go Pierre!!! . You have my full support and you are just an amazing Artist and human being

  • daniel cius
    21 novembre 18:25

    je te trouve tres bien,mon ami je te donne du courage pour continuer de faire de la bonne music…la chanson  »pou lanmou » c’est l’une des chansons que j’aime le plus, tout le temps … »coeur caraibes » waw good job…..

  • Twitted by nomadsmusic
    22 novembre 17:18

    [...] This post was Twitted by nomadsmusic [...]

  • Silexx
    25 novembre 17:10

    Yes Félicitation pour ce 1000ème article les gars lâcher pas ce site est vraiment positif les articles sont sérieux ce qui ce fait rare dans les sites de reggae en général c’est plutôt 2 petite ligne copier collé vite fait la vous allez dans la profondeur des choses on voit que vous êtes passionné 1 GROS BIG UP A VOUS 2!!! pour tous le taff effectuer prenez soin de vous et de vos famille Bless Up!

  • John
    27 novembre 19:15

    Merci pour tes encouragements Silexx !!! Le travail, il n’y a que ça qui paye. Toi-même tu sais. Big up yuhself too.