16 juillet 2010
Publié par John

Florence Naprix et Freepon: nouvelle scène créole et Nu soul à l’honneur

Ils se suivent parfois, comme à la Chapelle des Lombards. Ils se croisent souvent, comme à la Beauty Soul Kréyol. Florence Naprix et Freepon se sont rejoints pour Tropicalizer. Leurs couleurs musicales, leurs attentes, la vie tout simplement : interview croisée au Café de la musique de Pantin (Paris) et confidences de jeunes artistes pleins d’envie.


- Qui sont Florence Naprix et Freepon ?

Florence Naprix : Je suis une jeune chanteuse qui évolue sur la scène caribéenne depuis maintenant une dizaine d’années. J’ai commencé par le live avec Willy Salzedo. On jouait fréquemment au BB Antilles. Depuis, il est retourné vivre aux Antilles et j’ai décidé de me lancer en solo. Je me suis entourée de musiciens talentueux : Jérôme et Stéphane Castry (batterie et basse), Amen Viana (guitare), Thierry Boucou-Pastel (percussion), Thierry Vaton (piano) et Olivier Jean-Alphonse (chant). Ils m’accompagnent dans la réalisation de mon premier album, Fann’ kann’, qui devrait sortir en 2011.

Freepon : J’évolue dans un répertoire nu soul. J’ai fait une école de musique en Guadeloupe, mais je n’étais pas satisfais. En 2004, je suis venu à Paris pour progresser. Ma copine y résidait, c’était donc un bon prétexte pour la rejoindre aussi. Ici, j’ai pu apprendre la musique et mieux comprendre ce que je faisais. Je me suis perfectionné à plusieurs niveaux : harmonies, gammes, accords, ingénierie du son… Je suis un grand passionné et un guitariste apprenti. J’ai plusieurs cordes à mon arc : je suis interprète, auteur, compositeur mais aussi réalisateur.


- Florence, tu es musicienne à la base ?

Oui, j’ai commencé à étudier la musique à l’âge de 10 ans à l’école Armand Siobud à l’assainissement (Pointe-à-Pitre). Freepon aurais dû venir avec moi et on aurait appris le piano ensemble. J’ai appris le solfège, ce qui me permet de chanter aujourd’hui.


- Quand vous êtes-vous rencontrés pour la première fois ?

F. N. : C’était fin 2009. J’avais entendu parler de lui et vice-versa et puis j’ai assisté à un de ses concerts.

F. : Effectivement, j’entendais parler d’elle et puis un jour j’ai vu apparaître son large sourire [rires].


- Comment définiriez-vous vos styles musicaux ?

F.N. : J’ai toujours du mal à définir ma musique : zouk, biguine, jazz, rock… Pour moi, c’est une musique caribéenne moderne. Stéphane Castry, qui a travaillé avec les plus grands, réalise mon album et il m’apporte toutes ses influences.

F. : D’abord, j’ai envie de rendre hommage à ma mère car elle m’a appris les belles choses de la vie. J’essaye de faire de la musique pour qu’elle ressente du calme, de la douceur.  J’adore les harmonies et j’exprime tout cela à travers ma musique : la nu soul. L’actualité, les rap ports entre les hommes, l’amour, Dieu, mes échecs… tout m’inspire.


- Quels sont les artistes qui ont marqué votre jeunesse ?

F. N. : Ce sont les artistes de jazz : Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald… Mon père les écoutait en boucle le dimanche. J’ai vraiment découvert et commencé à apprécier la musique antillaise quand je suis arrivée à Paris après le bac (en 2000).

F : Patrick Saint-Eloi, Jean-Michel Rotin, Kassav… J’ai fait le chemin inverse puisque ce n’est que je n’ai commencé à m’intéresser aux grands compositeurs de jazz que récemment. Mon père allait aussi dans les Léwoz et il aimait salsa donc j’ai grandi avec tout ça. Par ailleurs, je vais bientôt me mettre au gwo ka…


- Le chant ou la danse ?

F. : Le chant dans un an et la danse dans 2-3 mois [rires].

F. N. Moi, ce sera le chant bientôt.


- Florence, explique-nous le concept « Fann’ kann’ » ?

C’est une référence aux esclaves marrons qui s’enfuyaient à travers les champs de canne. C’est la fuite vers la liberté et la conquête de soi. C’est ma démarche artistique : j’écris ce que je veux, je le chante comme je le veux et avec les musiques qui me plaisent. Je n’ai pas de contraintes !


- De quoi veux-tu t’affranchir ?

F. N. : De tout ce qui m’a empêché de faire de la  musique jusqu’à aujourd’hui. Par exemple : l’image que l’on peut avoir du métier de chanteuse. Mes parents ne souhaitaient pas cela pour moi au départ, mais j’ai décidé de chanter et d’être heureuse de ce que je faisais.


- En entrant dans le business de la musique, d’autres contraintes vont pourtant surgir…

F. N. : Pour l’instant, je ne les subis pas encore. Je suis dans l’échange et le partage avec mes musiciens. Rien ne m’est imposé car je ne travaille pas avec une maison de disque. Ce sera de l’autoproduction, car il fa ut savoir prendre des risques dans la vie.


- Et toi Freepon, parle-nous du single My superstar

C’est la somme de toutes les œuvres sur lesquelles j’ai travaillées. C’est une consécration pour moi. Le single My superstar sera disponible sur l’album Premyé fwa. Je m’autoproduis aussi. La réalité du milieu et le murissement du projet font que l’album a été repoussé, mais il sortira à la rentrée.


- Vous avez fait un duo récemment…

F. : Ce titre ne devait pas être diffusé tout de suite. Il sortira sur la compilation Zouk ethnie réalisée par Five fingers. Cela été une belle expérience de travailler avec Florence. On a bien rigolé et on ressent cette légèreté sur le titre.

F.N. : La chanson est née sur le moment. Freepon avait déjà préparé l’instru. Ça a été bouclé en deux heures, alors que l’on en avait seulement discuté. C’est ce que j’aime dans la musique : la magie opère sans avoir vraiment préparé les choses.


- Vous vous produisez beaucoup en live, qu’est-ce que cela vous a apporté ?

F.N. : Il n’y rien a de mieux que l’école du live. Ayant débuté dans les chœurs, je n’ai pas toujours été sur le devant de la scène. Mainte nant que je le suis, je donne le maximum pour emmener le public dans mon univers.

F. : C’est un réel apprentissage. Lorsque l’on organise un petit concert A à Z dans un bar, on peut être fier du résultat et cela donne de la motivation pour recommencer encore et encore. Il n’y a pas mieux, c’est d’ailleurs la philosophie de 63 Pwod.


- Freepon, présente-nous le collectif 63 Pwod…

C’est une équipe sympa et spontanée qui aime partager. Elle est composée de G-Skalp, Da Soulfinger, Neeya, Bridget et moi. Nous ne sommes pas des producteurs, mais une bande d’amis passionnés. Nous échangeons nos talents et nous investissons ensemble. Le mot à retenir c’est : ensemble.


- Avez-vous déjà eu des doutes concernant vos parcours dans ce milieu ?

F.N. : Je me suis dit que c’était maintenant ou jamais. Après, il sera trop tard notamment si j’ai des enfants (ce que j’espère). Il faut que j’accomplisse mes rêves. Il n’y a pas de raisons pour que cela ne fonctionne pas. Je n’ai pas de doutes.

F. : Non, je ne doute pas même si je vis doucement de la musique, mais heureusement de plus en plus sûrement.


- Vous utilisez beaucoup Facebook pour communiquer, que retenez-vous de cet outil ?

F. N. : Mon concert à la Chapelle des Lombards a été comble grâce à Facebook car l’information a bien été relayée. Ca aurait été plus compliqué sans Facebook et la communication aurait été plus onéreuse.

F. : C’est un super outil de promotion pour rencontrer son public. Mon manager et moi gérons le compte Facebook. Je regarde également les évolutions pour connaître les impacts de nos actions.


- La Guadeloupe vous manque-t-elle ?

F.N. : Je l’ai en moi depuis toujours donc elle ne me manque pas. Elle ne me quitte pas. Je trouve que c’est un très beau pays avec une culture très riche, des gens intelligents… Certes, il y a des choses qui doivent s’améliorer mais nous sommes un peuple jeune. J’aime voir comment ça évolue. Il y a des initiatives et cela me rend heureuse.

F. : La Guadeloupe ne me manque pas car je lui suis utile à l’extérieur. Je suis mon pays ici. Je suis chanceux d’être Guadeloupéen sur terre.


- Tu fais quoi après l’interview ? [Florence Naprix interroge Freepon]

J’ai rendez-vous avec une fille qui a bouleversé ma vie…



- As-tu prévu d’être heureuse cette année ? [Freepon interroge Florence]

Oui, j’ai prévu de continuer à être heureuse en faisant ce que j’aime. Être malheureux, n’arrange rien donc vaut mieux prendre les choses du bon côté avec le sourire.



Crédits photos: Leila Albert

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