21 mai 2010
Publié par Yann

Lyricson: « Tout le monde pourra s’identifier à Messages »

Artiste majeur de la scène reggae en France, Lyricson continue sa route. En pleine finalisation de son nouvel album, le chanteur a  reçu Tropicalizer chez lui. L’occasion d’évoquer son parcours musical, la polémique autour de l’album Keep the Faith et de dévoiler quelques secrets concernant Messages, son nouvel opus.


Peux-tu présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore?

Je m’appelle Lyricson et j’ai 31 ans. Je suis originaire de la Guinée, pays situé en Afrique de l’Ouest. Je suis un singjay (mélange de toast et de chant). Je pratique ce style depuis plus de 10 ans.


Comment as-tu débuté dans la musique ?

La musique a toujours été en moi, même si je n’ai pas grandi dans un environnement musical. J’ai toujours voulu être sur scène avec un micro. Mes débuts concrets remontent à la création de mon premier groupe Légitime défense à l’âge de 12 ans. On était trois. Un de mes frères assurait les parties rap et moi j’apportais la touche reggae.


Pourquoi as-tu choisi le reggae ?

J’ai passé ma jeunesse au Libéria, un pays où l’on écoute beaucoup de reggae. J’ai grandi avec Steel Pulse, Burning Spear, Peter Tosh, les Wailers, mais également Lucky Dube et Alpha Blondy, deux figures du reggae africain. C’est aussi la seule musique où l’on trouvait des références à l’Afrique. En tant qu’ Africain, elle s’adressait à moi et était proche de mes valeurs. J’ai beaucoup été touché par Bob Marley qui vivait à 8000 km et qui chantait pour le Zimbabwe, l’Afrique du Sud et les causes africaines. C’est pour cela que le reggae est bien enraciné en Afrique.


Un membre de ta famille fait partie du groupe Assassin. Cela aurait peut être été plus facile pour toi de percer dans le hip-hop…

C’est mon cousin Pyroman dont j’étais très proche, mais on s’est perdu de vue. Entre temps, il a croisé la route d’Assassin. On s’est revu dans les années 2000 en France. Il a la culture du rap tandis que moi je reste plus dans le reggae.


Ta rencontre avec Manu Chao a été importante dans ta carrière…

C’est quelqu’un que j’ai accompagné sur la route. J’ai pu engranger de l’expérience et progresser sur scène. En même temps, c’était une ouverture sur un autre public. J’ai pu voyager dans les quatre coins du globe. C’était intense.


Cette expérience a-t-elle renforcé ton idée de t’investir à fond dans la musique?

Non, j’étais déjà très motivé et je le suis toujours. La musique est un moteur qui ne me lâche pas. Avec Manu Chao, c’était différent. Il y avait beaucoup de mélanges:  rock, salsa, musiques africaines… Après cette grande tournée, je suis revenu vers le reggae et le dancehall.


Peux-tu nous expliquer ce qui s’est passé avec Keep the faith ? L’album est sorti mais tu t’y es opposé…

Oui, effectivement. Le disque n’a pas été finalisé et assez travaillé. Je veux offrir le meilleur au public, aux gens qui me soutiennent. Les arrangements et le mix des morceaux ne me convenaient pas. Ce n’était pas honnête de dire aux public de l’acheter alors que, moi même, je n’étais pas satisfait. J’ai donc mis la plupart des chansons remixées par mon ingénieur du son Ghost sur Internet.


Quel bilan tires-tu finalement de Keep the faith?

Le bilan reste malgré tout excellent. Les morceaux ont trouvé leur public. Cela m’a permis de faire des dates, de rencontrer d’autres personnes… Je suis fier de ces chansons que j’ai pu défendre sur scène. Je les ai fait revivre pendant mes concerts. Cela m’ a rassuré.


Comment vois-tu l’évolution entre ton premier album Born to go high et Keep the faith ?

Pour Born to go high, j’étais plus sous pression. J’avais envie de bien faire pour ce premier disque. Pour Keep the faith, j’étais assez libre au départ. On avait décidé de le faire en France avec des musiciens et des ingénieurs locaux. On a beaucoup travaillé sur place. J’étais serein avant que les choses ne capotent.


Tu prépares un nouvel album. Peux-tu nous en dire plus?

Il s’appelle Messages et sort sur mon label PJK Entertainment. Je l’ai réalisé avec mon équipe rapprochée : mon manager Patrick et mon ingénieur du son Ghost. C’est un disque que l’on a voulu faire avec des talents français. On a aussi des contributions jamaïcaines. Il y a un featuring avec Zamunda, un jeune artiste jamaïcain. On l’a fait avec tout notre cœur pour ceux qui nous soutiennent. On y trouve des messages universels: l’amour, les difficultés de la vie, la spiritualité… Tout le monde pourra s’identifier aux textes.


Ce n’était pas le cas pour les deux albums précédents ?

C’est différent. Lorsque qu’on fait un premier album, on pense plus à soi, comment on va s’en sortir pour un premier jet. Le deuxième opus est aussi différent du nouveau. Pour Messages, j’ai l’impression d’avoir fait un disque de bon samaritain [rires]. Quand j’ai choisi le titre Messages, j’ai pensé au côté biblique de la chose. Pour la session photo, j’avais une tenue de pasteur américain des années 1800. Il y a des titres de chansons comme Life is not a game, Revolution starts


Est-ce dû à la maturité ?

Oui, je pense qu’avec l’âge on est moins égoïste, moins égocentrique. On prend le temps de regarder le monde. Mon écriture et mon rapport à la musique sont plus simples. Les gens pourront plus se reconnaître dans Messages.


Et pour les producteurs ?

Il y aura du Special Delivery et du Bost & Bim avec qui je travaille régulièrement. J’ai aussi collaboré avec le producteur et chanteur guyanais Patko, avec le Firehouse Crew (qui joue avec Sizzla, Junior Kelly…), Tony Owens (un ingénieur du son jamaïcain), TNT qui a beaucoup travaillé sur le disque de Ziggi et sur le prochain Etana. Ghost et Foxx T avec qui j’ai fait Never sell out sont également présents.


Comment la connexion avec la Jamaïque s’est-elle faite ?

J’ai fait la première partie d’un artiste jamaïcain. J’ai eu la chance de rencontrer des membres du Firehouse Crew. Ils ont apprécié ma prestation. J’ai sauté sur l’occasion de pouvoir travailler avec eux.


As-tu tu as déjà eu envie de chanter en français?

Je dois avoir deux ou trois titres en français qui trainent quelque part. Quand j’ai tourné avec Assassin et Manu Chao, j’ai repris une partie de leur répertoire en français. Je suis pas contre le français mais j’ai toujours écrit en anglais. Je ne pense pas que c’est plus difficile d’écrire en français. Quand on parle ou chante une langue, on peut l’écrire. L’écriture, c’est l’expression de ce que l’on ressent. Je n’ai pas le déclic en français mais je ne perd pas espoir [rires]. Je laisse ça aux autres chanteurs. C’est bien de le faire, mais il faut le faire correctement.


Où en est ton crew Black Unite ?

On aimerait bien faire un album tous ensemble. Pour l’instant, on est chacun sur nos projets personnels. On est un peu dispersé. Certains sont en France, d’autres aux Antilles… Dans un avenir proche, c’est un peu compliqué de prévoir quelque chose.


La Coupe du monde de football aura lieu en Afrique. Vas-tu la suivre ? Quel est ton favori ?

Oui, je vais la regarder. J’aimerais bien voir une équipe africaine aller loin… la Côte d’Ivoire de Drogba ou le Cameroun. La France également. J’apprécie aussi le foot anglais. On verra. Pour l’instant je n’ai pas de favori.


Le mot de la fin…

Big up à Tropicalizer. Je vous souhaite le meilleur. J’espère que le reggae va toucher plus de cœurs dans le monde. Merci à ceux qui permettent à cette musique de vivre. One love !

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