Karl Vieux (Carimi): « Il y avait des corps partout »
Ils ont échappé au pire… Interviewé par un journaliste de MTV vendredi dernier, Karl Vieux, membre du groupe Carimi raconte la terrible journée du 12 janvier qui a vu Haïti dévastée par un tremblement de terre. Extrait :
Tout le monde pensait au carnaval lorsque le tremblement de terre a eu lieu…
On avait commencé notre tournée le 27 décembre et elle s’était achevée le 3 janvier. On avait préparé et terminé notre morceau réalisé spécialement pour le carnaval deux jours avant le séisme. Le studio, dans lequel nous avons enregistré, a été touché et les enregistrements sont encore sont les décombres. Beaucoup de groupes de musique « racine » (fusion de la musique vaudou et de jazz) ont perdu des membres. Ti Paille, le chanteur du groupe Rêve est décédé, c’était un de mes amis. En Haïti, il y a plusieurs styles musicaux : racine, rap, folklore et le kompa.
Quel impact ces disparations auront sur le pays ?
On les connaît, donc ils laissent un grand vite. Il y a quelques mois, le groupe de rap Barikad Crew avait déjà perdu trois de ses quatre membres dans un accident de la circulation, c’était une tragédie. Le tremblement de terre a tué le troisième… Nous, les Haïtiens, sommes très investis dans notre musique et notre culture.
Quelles sont les chances de reconstruire Haïti ?
Les chances sont minces. Nous manquions déjà d’infrastructures avant le tremblement de terre. Nous allons donc retomber trente ou quarante ans en arrière…
Où étais-tu lorsque que la secousse a eu lieu ?
J’étais dans le bâtiment de Digicel (opérateur téléphonique). C’est dans Turgeau qui se situe à quinze minutes de Port-au-Prince. On venait de conclure un partenariat pour le carnaval. Nous passions signer des autographes et rencontrer les employés à chaque étage lorsque la terre a tremblé. Nous étions au 3e étage. Les gens se sont mis à courir, les chaises volaient et les fenêtres éclataient. Le bâtiment a été ébranlé, nous avons donc pris les escaliers. Un couple est mort à cause de certaines parties du bâtiment qui se sont détachées. Dans la minute, les communications téléphoniques n’étaient plus possibles.
Ensuite, qu’as-tu fait ?
J’ai marché jusqu’au Morne Calvaire. Cela m’a pris trois heures alors que normalement on ne met que quinze minutes en voiture. J’ai vu des gens prier et j’ai vu des morts dans les rues. J’ai vu des voitures embouties par des poteaux électriques. Il y avait de grosses pierres dans la rue et des corps partout. Je ne reconnaissais plus les rues. Si tu n’étais pas du coin, tu étais perdu.
Quelles conséquences cette tragédie va-t-elle avoir sur la musique de Carimi ?
Ça va affecter le groupe financièrement car on a sorti un album il y a deux mois. Les Haïtiens n’achèteront pas de disques pour le moment et cela se comprend. Les gens ne pensent pas à s’amuser. Aux États-Unis, les gens envoient de l’argent à ceux qui sont en vie. Niveau musique, nous avons toujours une chanson politique ou sociale qui traite des faiblesses du gouvernement qui ne pouvait pas faire face à une telle catastrophe. Cependant, nous devons toujours faire attention à ce que nous disons parce que l’on n’est pas aux États-Unis ici.
Penses-tu que les conditions vont s’améliorer de sitôt ?
Je pense qu’après le pire, il y a le meilleur. De la nourriture et de l’eau doivent être distribuées. Les gens se battent pour manger. C’est la loi du plus fort qui règne. Quand les gens sont affamés, ils sont prêts à tout pour se nourrir, ce qui ne fait qu’aggraver la situation. C’est compliqué. Elle l’était déjà avant cela.

tamycious
16 février 20:26comme c’est triste heureusement j’etais deja renteé car 3 jrs avant le drame j’ai été en Haiti.il faut prier notre DIEU car c grace a lui si toi et moi sommes tjrs vivant