Saël: « Le problème des Antillais, ce sont les Antillais eux-mêmes… »
Avec Saël, impossible de ne pas aborder la situation sociale aux Antilles qui est toujours en ébullition. Après nous avoir parlé de son nouvel album Témoignage, il nous a confié sa Vision des choses.
Quel bilan tires-tu de la grève générale aux Antilles ?
Au début, la population était motivée. Tout le monde voulait la vie moins chère alors on s’est battu. Les Antilles étaient sous les projecteurs, mais quand on fait un bilan, on constate que rien n’a changé. Au contraire, beaucoup d’entreprises ont coulé… c’est un grand combat de s’attaquer aux « maitres de l’univers » (ndlr: c’est un jeu de mot avec l’un de ses titres de l’album Témoignage).
Est-ce un combat perdu d’avance ?
Je ne dirai pas ça. Je reste mobilisé comme le reste de la population. Il faut surtout se battre en sachant ce que l’on veut obtenir. Je trouve que l’on s’est trop dispersé pendant cette grève. On doit rester fixé sur un objectif.
On parle de vie chère aux Antilles. L’as-tu ressenti sur ton pouvoir d’achat ?
[Rires] La vie est vraiment chère en Martinique. Tous les Européens, qui viennent s’installer sur l’île, le ressentent. Le prix du lait ou des yaourts est multiplié par deux ou trois, celui des vêtements aussi. Pire, le prix de l’essence a de nouveau augmenté. Les vêtements sont chers, je profite donc de mes passages à Saint-Martin ou à Paris pour faire les boutiques.

Quels peuvent être les remèdes pour la société antillaise ?
Il faut que l’on s’occupe de nos affaires. Que l’on soit moins jaloux les uns envers les autres et plus solidaires. On doit arrêter de se mettre des bâtons dans les roues. Le problème de l’Antillais, c’est l’Antillais lui-même. On porte trop d’intérêt à l’apparence. Récemment, un élève s’est vu refuser l’entrée dans son lycée parce qu’il portait des dread locks…
Penses-tu que ce phénomène est propre qu’aux Antilles ? On retrouve également cela en métropole…
Chez nous, c’est deux fois plus palpable. Si tu viens en Martinique, tu ne peux pas travailler avec des locks. Tu es considéré comme un voleur ou un drogué. Il n’y a pas que les lock: par exemple, si tu n’as pas de Mercedes, on ne te regardera pas. On se base trop sur l’apparence.
Selon toi, d’où vient ce comportement ?
Je pense que l’on a hérité de ça depuis l’Esclavage. On dressait les esclaves les uns contre les autres… C’est diviser pour mieux régner. On a gardé cet état d’esprit, mais il ne faut pas le perpétuer car maintenant on est libre. On est dans un système de consommation et les gens suivent le troupeau sans réfléchir. En Martinique par exemple, pour une famille de cinq personnes qui habitent la même maison, il y aura cinq voitures. Les politiques ne font pas d’effort pour développer les transports, ils se disent que cela fait vendre des voitures en plus et de l’essence… Ils veulent que l’on consomme et ce sont toujours les mêmes qui s’enrichissent.

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