Saël: « Témoignage, c’est du 100% Saël »
L’homme raconté par le chanteur. Saël a choisi de livrer une autre partie de lui dans Témoignage, son troisième album. La réflexion sur le quotidien et l’amour sont toujours au rendez-vous. En provenance de « péyi ya » (la Martinique), il a reçu Tropicalizer dans son hôtel parisien, avant son concert au New Morning. Trêve de bavardage, place à son témoignage.
Peux-tu te présenter à ceux qui ne te connaissent pas encore ?
Je suis un chanteur de reggae originaire de la Martinique. Je sors mon troisième album qui s’appelle Témoignage. J’ai 31 ans et je chante depuis l’âge de 13 ans. Je suis un chanteur de reggae assez engagé avec des messages universels. Je propose aussi bien des chansons d’amour que des faits de société. Je parle de ce que je connais, de ce que je vis, de ce que je vois autour de moi.

Quelles sont tes influences ?
Elles sont variées, je n’écoute pas que du reggae, je m’intéresse à la variété française et internationale. J’ai beaucoup été influencé par Bob Marley, Garnett Silk, Lucky Dube mais aussi Francis Cabrel, Daniel Balavoine, Renaud… J’aime beaucoup les chanteurs à texte, les artistes qui ont de belles mélodies.
Quel bilan tires-tu de ton précédent album Ma vision ?
Ma Vision était différent. On l’a réalisé à Paris, le public a trouvé qu’il ne me ressemblait pas. On en a vendu 11 000, ce qui représente une grosse différence avec le premier, Saël & Friends, qui s’est écoulé à 45 000 exemplaires. C’était plutôt bien, à une époque où les ventes de disques chutent. J’ai beaucoup aimé Ma vision, il fait partie de ma vie même si le bilan est moyen.
Témoignage arrive 4 ans après, tu as pris ton temps…
Non, pas du tout. Tout de suite après Ma vision en 2005, j’ai commencé à bosser. La majorité des morceaux de Témoignage sont prêts depuis 2 ou 3 ans. C’est la production qui a tardé, elle attendait le bon moment. Je suis aussi resté dans mon coin, j’ai voulu reculer pour mieux sauter.
Peux-tu nous parler ce nouvel album ?
Comme le titre le suggère je suis un témoin, je transmets quelque chose aux gens: ma vie. Dans le premier morceau (Témoignage), je me raconte: où je suis né, où j’ai grandi… Un exercice que je n’avais jamais fait avant. J’ai tenu à le faire pour montrer qui je suis vraiment et pour que les gens arrêtent de m’inventer une vie. Je me suis laissé vraiment aller dans les textes et dans l’émotion.
Pourquoi faire cette démarche que maintenant ?
Au début, j’étais plus encadré, un peu dirigé au niveau de mon écriture. Là, j’ai grandi et mûri, ce qui ne veut pas dire qu’au début ce n’était pas moi. Pour cet album, j’étais libre, j’ai réalisé 95% des morceaux. Dans la composition et dans les textes, ce nouvel album c’est du 100% Saël.
As-tu eu carte blanche ?
Oui, j’ai tout fait. Les morceaux étaient prêts depuis longtemps. Le choix était difficile parce qu’il y avait plus d’une trentaine. On en a sélectionné 15. J’ai eu le temps de chanter en live et le public a eu un avant-gout. Cela a permis à la production de savoir quel morceau pourrait marché ou pas.
Il y a plus de textes en créole…
Témoignage est plus caribéen, contrairement au deuxième qui était plus axé sur la métropole. Au début, je n’écrivais pas beaucoup en créole. Un jour, j’ai décidé de me lancer pour m’adresser à la communauté. Dans la chanson Péyi ya, je parle des réalités de la Martinique. J’ai également essayé l’anglais sur le titre More love pour essayer de toucher un autre public.
Il y a un titre produit par le label français Special Delivery: Jah est puissant. Comment la connexion s’est-elle faite ?
J’ai une amie qui travaille dans une radio à Saint Martin et qui connaît JP de Special Delivery. Elle m’a dit qu’il préparait une compilation. Je lui ai demandé de m’envoyer l’instru. J’ai aimé ce riddim (Sugar riddim) car c’est tout à fait mon style: avec une guitare, très mélodieux, bien roots. J’ai également travaillé et joué avec le groupe de Thomas, celui qui a composé la rythmique.

Tu poses rarement sur les séries…
Je ne veux pas que l’on m’entendent sur tous les riddims, sinon les gens vont se lasser. Je veux créer une attente, c’est un choix. Mais quand on me propose un bon instru et qu’il me plait, je pose dessus sans problème.
L’Artmada a bien cartonné, avez-vous d’autres projets ?
On a fait un titre pour se faire connaître, pour établir le nom Artmada. On va ensuite faire d’autres chansons, un album avec tout le collectif et une tournée. Ce ne sera pas pour tout de suite car il faut encore que l’on fasse nos preuves.
Qui le produira ?
Nous-même. C’est plus facile de s’autoproduire. Au début, c’est bien d’avoir un producteur mais avec le temps, tu apprends à tout faire par toi-même. On gagne très peu sur un album: moins d’un euro par disque en général. Les artistes vivent désormais grâce aux concerts. Ce n’est pas plus mal, car c’est avec le live que l’on voit qui sait chanter ou pas. Cela permet de faire un tri.
Comment s’est formée l’Artmada ?
Je bossais déjà avec eux depuis mon premier album. Il y avait déjà Valley, Pleen Pyroman, Lieutenant. Chacun s’est concentré sur sa carrière solo jusqu’à maintenant. On s’est mis ensemble car l’union fait la force. Et puis financièrement c’est plus facile de travailler quand on est plusieurs, d’organiser un clip par exemple. Il y a un petit jeune qui s’appelle Sergent. On l’a rencontré sur une scène à Saint-Pierre. Il est très talentueux. On l’a donc pris sous notre aile.
Penses-tu qu’il ira loin ?
On est en train de préparer son album. Il a du potentiel et il écrit bien. Il est à l’aise dans le toast comme dans le chant. Aux Antilles, il y a beaucoup de jeunes talents qui n’ont pas l’opportunité de se faire connaître ni de se faire encadrer.
Quand tu as débuté, quel artiste t’a donné un coup de main ?
Justement, il n’y avait personne. A l’époque, on faisait nos preuves dans les sound-systems. Après, une fois que tu étais établi dans le milieu, on te donnait des conseils. C’était une bonne école car on ne pouvait pas arriver et chanter n’importe quoi sinon on te prenait le micro des mains. Je trouve cela dommage qu’il n’y ait pratiquement plus de sound-systems en Martinique.
C’est dû à quoi ?
Il n’y a pas de salles. Du coup, ils sont tous partis en métropole. Lorsque l’on fait des demandes, elle sont tout le temps refusées. Beaucoup associent le reggae et les rastas à la violence et à la drogue. Organiser un concert est difficile. Les gens ont peur de l’impact du reggae et ont des préjugés. Pourtant, que ce soit un concert de Kassav ou de reggae, ce sont les mêmes risques de débordements. Au final, cela se passe toujours bien.
Tu passes en concert le 2 octobre au New Morning. Yeahman C et E.sy Kennenga feront ta première partie. Pourquoi les as-tu choisis ?
Je connais Yeahman C depuis longtemps. Il vient également de la Martinique. J’ai rencontré E.sy Kennenga lors d’un concert avec plusieurs artistes. Je lui ai proposé de faire ma première partie. Son frère fait partie de Papa Tank.
Le mot de la fin
Merci à tout ceux ont acheté mes albums, qui me suivent depuis mes débuts et qui viennent à mes shows, à ceux qui s’intéressent à ma carrière. J’espère que les gens viendront nombreux au New Morning le 2 octobre. Ce sera un évènement car je serai avec mes musiciens de la Martinique.
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kouadio clovis
03 mars 11:11j’aime bien parcequ à les testes qui tuent il est bon je l’encourage j’aimerais avoire ces chansons . que dieu te benisse