10 juin 2009
Publié par John

Erik: « J’ai été influencé par Jacques Brel, Buju Banton et Jean-Michel Rotin »

La « nouvelle scène créole » bouillonne. L’appellation est encore brouillonne, mais avec Erik elle rayonne. L’album Chayé kow fait du Guadeloupéen de 23 ans LE phénomène soul jazz caraïbe. Son premier concert parisien, dimanche à la Scène Bastille, affiche complet. L’artistique atypique s’est confié à Tropicalizer.


Commençons par les études… Comment s’annoncent les examens ?

Répétitions, révisions et job étudiant: je ne dors pas [rires]. Il y a beaucoup de stress, mais je fais de mon mieux. Mes examens (Licence LEA) ont été décalés en juillet en raison des blocages. Niveau planning, je ne pourrai plus continuer comme ça pendant longtemps, des choix s’imposent…


Es-tu un artiste estampillé nouvelle scène créole ? World music ? Soul jazz ?

Je fais de la soul jazz caribéenne, après je ne sais pas précisément ce que je fais. Il ne faut pas croire que j’arrive en sachant qui je suis et où je vais. Je me cherche encore, même si je m’implique franchement dans ce que je fais. Je me suis forgé avec le temps et je ne suis pas encore au bout de ce cheminement.

Ton premier album Chayé kow est très mélancolique…

La pudeur m’empêche de tout dévoiler, mais j’ai voulu partagé mon vécu. Les textes sont en relation avec l’exil (il vit en Métropole depuis 2004), les rapports que j’ai avec ma famille, les relations amoureuses… J’ai voulu casser le traditionnel « Je vais bien tout va bien » de beaucoup d’Antillais qui masquent leur souffrance due à l’éloignement. Ce n’est pas que je me sens mal à Paris, que j’aime beaucoup d’ailleurs, mais j’ai voulu être franc.


Quels sont les artistes qui t’ont influencés dans ta jeunesse ?

Jacques Brel parce qu’il m’a permis de voir que l’on pouvait toucher le public jusqu’aux larmes. C’est cette dimension que je voudrais explorer avec ma musique car elle manque beaucoup dans la culture musicale antillaise. J’ai aussi beaucoup écouté Buju Banton (album Til’ shaloh) et The Prodigy (groupe britannique de musique électronique). En musique antillaise: Jean-Michel Rotin car il est inclassable.


Comment s’annonce ton concert à la Scène Bastille ?

Ce sera mon premier concert parisien. Je travaille beaucoup avec mon équipe pour proposer quelque chose de bien en restant dans la simplicité. L’objectif reste de présenter mon univers au public.


Pourquoi ne pas avoir choisi un nom pour ton groupe et toi ?

Je suis l’auteur et le co-compositeur de toutes les chansons de mon album. C’est une œuvre très personnelle et cela aurait été incohérent d’y rattacher le groupe. Mais par la suite, si nous nous impliquons tous dans un album, la question se posera peut-être.


Le cliché voudrait qu’un Antillais de 23 ans serait plutôt tenté par le dancehall ou le zouk…

Mes choix artistiques se sont faits naturellement grâce à mes diverses expériences. J’ai débuté dans le hip-hop, puis je suis passé par l’émission Stardom, ensuite j’ai poursuivi ma route. J’ai voulu exister par moi-même et pas par les chansons des autres. Ma couleur musicale est une évidence à mes yeux, je n’ai pas eu à me poser de questions.


Que retiens-tu de ton passage à Stardom, émission qui a crée la polémique ?

Ce programme a symbolisé le paradoxe antillais: chanter de la variété française d’un côté, des chansons traditionnelles ou du zouk de l’autre. Par ailleurs, il y avait le côté strass et paillettes du mot « star » qui était galvaudé. J’en ai gardé une grande expérience. Dorénavant, j’ai un regard clair sur le divertissement télévisuel.


Quels souvenirs gardes-tu te la première partie de Tanya Saint-Val à l’Olympia ?

C’est assez impressionnant d’avoir la confiance de Tanya Saint-Val pour faire sa première partie, en plus sur la scène de l’Olympia… Cela a été un grand moment. C’était si fort que je n’ai pas profité à 100% du moment présent car j’ai voulu bien faire les choses. Tanya Saint-Val est très généreuse. Elle m’a donné beaucoup de conseils.


L’Olympia, la Scène Bastille, les sollicitations… Tout s’accélère, comment le vis-tu ?

Normalement. J’ai du recul sur tout ça. Je me ressource avec mon groupe car nous sommes avant tout des amis. Mon père est interloqué par ce que je vis, il ne s’y attendait pas du tout. Ma mère, elle, est inquiète quelques fois mais je la rassure. Je sais que le succès ça va, ça vient, donc je garde la tête froide.


Les radios nationales s’intéressent-elles à ta musique ?

Nationales, non. Hors communautaires, oui. Nova est intéressée. Il n’y a pas encore de titres en rotation car il y a des formats contraignants, par contre le titre Elisa passe sur Générations.


Parle-nous de ton premier clip Si ou pa la

C’est un clip que l’on a voulu léger car c’est un album qui est un peu tristounet. Nous voulions quelque chose de fédérateur et pas passe-partout. Nous utilisons les codes généralistes et nous les mélangeons avec nos influences. L’album a été conçu sur le même mode. J’ai encore un peu de mal avec mon image, mais je suis satisfait du résultat.


Crédits photos: Aurelle Sainte Croix

Erik – Si ou pa la

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